‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 228 sur 284 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Mont et Tillagc de Takroona; c*est probablement Tancienne station d'Aggerfel ou Âggersel. — Henchir-el-Menzel , peut-être jadis Ulisippira. — Herglah, autrefois Horrea-Caelia. — Arrivée à Sousa, Tantique Hadrumetum.

Le Djebel- Takrouna, haut d'environ deux cent trente mètres, aux flancs rocheux et escarpés, hérissés en outre ça et là de cactus, est couronné par un petit village d'une cinquantaine de maisons. Au bas du mont est un puits antique qu'avoisinent quelques ruines dans une vallée. Le village manque entièrement d'eau, et il faut que chaque jour les femmes de Takrouna descendent vers ce puits pour y remplir leurs outres ou leurs cruches, qu'elles rapportent ensuite très-péniblement en gravissant avec ce fardeau les pentes, déjà fort rudes par elles-mêmes, de la petite montagne dont elles habitent le sonmiet.

Takrouna me parait répondre par sa position à la station d'Aggerfel ou Aggersel, qui nous est connue par la Table de Peutinger et que cette Table indique comme étant située à YI milles au sud de Mediocera, sur la route d'Onellana à Hadrumetum. Or, en plaçant, comme on le fait généralement et comme la ressemblance des noms semble le prouver, à l'henchir Aïn-el-Medaker la Mediocera de la Table de Peutinger, la Medikkara de Ptolémée, on arrive assez bien pour Aggerfel ou Aggersel à l'henchir Takrouna, situé près du puits antique, au pied de la montagne ainsi appelée. Néanmoins , je ferai observer que la distance qui sépare ces deux henchirs est en réalité de VII ou VIII milles.

Nous passons la nuit au village de Takrouna, après avoir admiré un splendide coucher de soleil du plateau élevé où nous sonunes. De là, le regard embrasse un horizon aussi varié qu'étendu, horizon sur lequel les derniers feux de l'astre du jour mourant répandent un reflet empourpré qui en fait

ressortir avec netteté toutes les lignes. Au nord-ouest, le Zaghouan avec ses puissants contre-forts et ses cimes altières ; au nord-est et à Test, Hamniamet et son golfe; au sud-sudonest, Raïrouan, la ville sainte de la Régence; au sud-est, Herglah, Sousa et Monastir, sans énumérer ici une foule d'autres localités plus proches ou même plus éloignées, tout cela apparaît alors à nos yeux, illuminé de belles et riches teintes dorées qui s'assombrissent et s'effacent quand le soleil a disparu.

12 août.

A quatre heures vingt minutes du matin , l'aurore -s'est levée , et , avec elle , un brouillard épais semble monter du sein des vastes plaines qui se déroulent autour du Djebel- Takrouna. Ces vapeurs, qui se dissipent ensuite insensiblement, nous présagent une journée brûlante. Aucun souffle ne traverse l'air : l'atmosphère nous semble lourde au sommet du mont; elle devient écrasante une fois que nous sommes redescendus dans la plaine, et nos chevaux, qui ont comme Je pressentiment des souffrances qu'ils vont avoir à endurer, ne peuvent être arrachés qu'avec peine au puits où nous les abreuvons, et qui est déjà assiégé par toutes les femmes du village.

Nous cheminons lentement dans la direction du sud-sudouest, à travers une plaine presque entièrement inculte, où nous ne rencontrons , de loin en loin , que trois ou quatre pauvres bergers qui font paître leurs troupeaux.

A huit heures quinze minutes, nous faisons halte à Thenchir El-Menzel. Il couvre un espace d'environ deux kilomètres de pourtour. On y remarque, outre plusieurs puits dont quelques-uns sont peut-être antiques, les vestiges d'un aqueduc qui alimentait également d'eau cette petite ville. Quant aux ruines de celle-ci, elles n'offrent absolument rien qui vaille la peine d'être signalé. C'est un chaos confus de déconn

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