HIC INCLVSVS VITAM PERDIT
J*avais parcouru les principales villes de la Régence; néanmoins je n'avais pas encore visité celle de Kaïrouan , que les Tunisiens considèrent comme leur cité sainte, et qui, à ce titre, est interdite rigoureusement à tous ceux qui ne professent pas Tislamisme. Avant de quitter la Tunisie, je désirais voir cette ville mystérieuse, et Son Altesse le bey, à la demande de M. le consul général de France, m'avait remis un amar particulier, c'est-à-dire un ordre marqué de son sceau, pour les autorités qui la gouvernent. A la vérité, h cause des massacres qui venaient d'ensanglanter la Syrie, et dont la nouvelle s'était répandue aussitôt, avec une promptitude incroyable , dans toute l'étendue de l'empire ottoman , le fanatisme héréditaire et comme incurable des habitants de Kaïrouan devait avoir été ravivé encore , et l'on m'avait conseillé de ne pas me rendre dans cette ville au milieu de pareilles conjonctures. Mais abandonner la Régence sans en connaître l'une des places les plus importantes et celle qui avait conservé le plus fidèlement son type original et sa physionomie essentiellement et exclusivement musulmane, me paraissait dans mon voyage une lacune trop grande pour que je n'essayasse pas de la combler. Sans doute , plusieurs voyageurs européens avaient déjà pénétré auparavant dans l'intérieur de cette ville et en avaient décrit l'état actuel; mais les renseignements précieux qu'ils nous avaient donnés à ce sujet avaient besoin d'être complétés, et c'était là une tâche devant laquelle je ne crus pas devoir reculer. En outre, ce réveil même du fanatisme musulman, qui semblait endormi, et qui, toujours vivace, venait de se manifester par une explosion dont le contre-coup s'était feit sentir si loin, ne pouvait nulle part, à mon sens, être mieux étudié en Tunisie qu'à Kaïrouan.
Le 19 août donc, après avoir fait, la veille au soir, mes