‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 233 sur 284 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

derniers adieux à M. Espina et aux différentes personnes que j'avais connues à Sousa, je prends, sans plus diflerer, avec ma petite escorte habituelle, la route de Ka'i'rouan.

A cinq heures trente minutes du matin , nous sortons de Sousa par la porte occidentale (Bab-el-Gliarbi). Notre direction est celle de l'ouest-sud-ouest.

A cinq heures quarante-cinq minutes, je remarque à notre gauche, dans un bois d'oliviers, une petite construction voûtëe qui est probablement romaine; elle est à moitié détruite et me parait être un ancien mausolée.

A sept heures trente minutes, quelques débris antiques, mais sans importance, attirent un instant mon attention.

A huit heures, nous abreuvons nos chevaux à un puits près duquel gisent sur une colline peu élevée les restes d'un ancien bourg, détruit de fond en comble. Le sol est partout jonché de débris concassés. Au milieu de ce chaos de blocs mutilés ou même réduits en poussière, les traces de deux enceintes de quelque étendue sont encore reconnaissables ; on aperçoit aussi çà et là plusieurs pans de murs construits en blocage. Aucune inscription n'a jusqu'à présent révélé le nom primitif de cette localité ; les Arabes la désignent actuellement sous celui de Ksir-el-Hacham.

A huit heures quarante-cinq minutes, un henchir moins important s'offre à nos yeux : il consiste en un amas confus de menus matériaux, faibles vestiges d'un village antique complètement renversé. "

A neuf heures trente minutes, d'autres débris analogues ne me présentent également qu'un intérêt médiocre.

A dix heures, nous faisons halte près d'un fourré de cactus. Le chili ou vent du sud embrase l'atmosphère, et, pour apaiser la soif inextinguible qui nous dévore , nous sommes fort heureux de trouver sur ces figuiers sauvages quelques fruits rafraîchissants, échappés à la voracité des Bédouins nomades.

ti.

A onze heures, nous poursuivons notre marche.

Vers midi, nous distinguons à i*horizon le haut minaret de la grande mosquée de Kaïrouan, et cette vue, qui semble abréger la distance et rapprocher la ville de nous, ranime notre courage que commençait à abattre dans la plaine immense et dénudée que nous traversions l'ardeur d'un soleil tropical et l'haleine desséchante du vent du désert.

A trois heures trente minutes enfin, nous franchissons un marais fangeux , et nous faisons ensuite bientôt halte à une faible distance des murs de la cité d'Okbah, près de la zaouïa Sidi-Schanoun. Je dépêche alors l'hamba Mohammed avec l'amar du bey au khalife de Kaïrouan, et nous attendons son retour. L'amar de Son Altesse, en effet, qui partout ailleurs est un ordre absolu et qui suffit à lui seul pour ouvrir au chrétien qui en est porteur l'entrée de toutes les autres villes de la Tunisie, n'est ici qu'une simple prière, qu'une pure lettre de recommandation.

Les autorités de Kaïrouan peuvent refuser l'admission dans leurs murs du chrétien qui se présente avec cet amar, sans que le bey ait le droit formel de les en punir.

A cinq heures, Mohammed revient avec trois scheiks et trois chaouchs, et c'est au milieu de cette escorte qu'à cinq heures dix minutes je pénétrai dans la ville. Les abords de la porte par laquelle nous entrâmes étaient encombrés d'une foule compacte de curieux plus ou moins bien intentionnés. Car, si la venue d'un chrétien est toujours un événement pour les habitants de Kaïrouan, comme à l'époque où je visitai leur ville, la nouvelle des massacres de Syrie les avait fort agités; mon arrivée dans de semblables circonstances avait vivement excité leur curiosité, et beaucoup s'imaginaient que, sous prétexte de chercher des inscriptions, j'avais la mission secrète d'examiner parmi eux l'état des esprits.

Un quart d'heure après, j'étais installé à Dar-el-Bey, où le khahfe, suivi de la plupart des autorités de la ville, m'offrit

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