‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 236 sur 284 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

c Okbah-ben-Nàfi, ayant pris la résolution de fonder la ville de KaYrouan, conduisit ses soldats vers l'endroit qu'il avait choisi; c'était un fourré épais dans lequel aucun chemin n'était tracé. Aussi lui dirent-ils, quand il les eng^agea à se mettre à l'œuvre : a Eh quoi ! tu voudrais nous faire con- » struire une ville sur l'emplacement d'une forêt inextricable? » Gomment ne redouterions-nous pas les bétes sauvages de » toute espèce et les serpents dont nous aurions à braver les » attaques? » Okbah , dont l'intercession était toute-puissante auprès de la Divinité, s'adressant alors à Dieu très-haut, tandis que ses guerriers répondaient amen à ses invocations , s'écria : « O vous, serpents et bétes sauvages, sachez que » nous sommes les compagnons du prophète d'Allah! Reti- » rez-vous du lieu que nous avons choisi pour nous établir; » ceux de vous que nous rencontrerions plus tard seraient » mis à mort. » Quand il eut achevé ces mots, les musulmans virent avec étonnement pendant toute la journée les bétes venimeuses et les animaux féroces se retirant au loin et emmenant avec eux leurs petits, miracle qui convertit un grand nombre de Berbers a l'islamisme. »

Avant d'entrer dans la ville, on remarque plusieurs zaouYas ou chapelles consacrées à des santons différents; quelquesunes d'entre elles sont environnées de tombes, les musulmans ayant l'habitude de placer leurs dernières demeures près de celles des scheiks dont ils vénèrent la mémoire. Sept faubourgs , qui forment autant de quartiers distincts , précèdent en outre la cité sainte. Celle-ci est enfermée dans une enceinte crénelée et flanquée, de distance en distance, de tours, soit rondes, soit carrées, h demi engagées dans la muraille. Gomme les pierres sont très-rares dans la vaste plaine de Kaïrouan et qu'il faut les aller chercher très-loin , cette enceinte est aux trois quarts construite en briques. Il en est de même de la plupart des maisons de la ville. Quatre portes principales donnent entrée dans la place.

Les rues sont plus larges , moins irrégulières et généralement mieux tenues que dans la plupart des autres villes de la Tunisie. Les maisons n'ont d'ordinaire qu'un seul étage; une des plus belles est celle qui est connue sous le nom de Dar-el-Bey.

Les édifices religieux sont assez nombreux. On compte une cinquantaine de zaouïas-et une vingtaine de mosquées. La plus grande et la plus célèbre de toutes est celle d'Okbah ou Djama-el-Kebir. Il m'a été impossible, bien entendu, d'y entrer, les mosquées en Tunisie, et surtout à Kaïrouan, étant tout à fait inaccessibles aux chrétiens. J'ai pu seulement faire le tour extérieur du quadrilatère qu'elle forme , et encore les scheiks et les chaouchs qui m'escoitaient me pressaient-ils de hâter le pas et de ne point jeter un coup d'oeil trop attentif sur ce monument religieux, l'un des plus vénérés de l'islamisme, dans la crainte d'éveiller les murmures et de m'attirer les outrages des habitants. Un haut mur d'enceinte, percé de plusieurs portes, environne ce quadrilatère; quelques-unes de ces portes sont ornées de colonnes antiques dont les chapiteaux élégants ont perdu malheureusement en partie la grâce de leur forme première , à cause de l'épaisse couche de chaux dont on les a recouverts. Rien ne domine à l'extérieiur de cette immense mosquée qu'une grande tour carrée , trèslarge à sa base et couronnée de trois étages en retraite les uns sur les autres. Cette tour s'aperçoit de très-loin, et c'est elle qui , à la distance de dix-huit kilomètres environ , signale aux caravanes l'approche de Kaïrouan. L'intérieur de cet édifice et des diverses galeries et nefs qu'il comprend est, dit-on , peuplé de magnifiques colonnes en marbre , en granit et en porphyre, enlevées à des monuments plus anciens.

a Au moment où Okbah se disposait à jeter les fondements de cette mosquée, il y eut, rapporte le même historien arabe que j'ai cité tout à l'heure, un grand dissentiment dans la population au sujet de la kibla. On disait qu'à l'avenir les

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