CHAPITRE ONZIÈME
habitants de l'Afrique adopteraient la kibla de cette mosquée y et on engageait Okbah à en déterminer l'emplacement aTeo le plus grand soin. Okbah eut alors pendant son sommeil une révélation, et une voix d'en haut lui adressa ces paroles : « O toi qui es aimé du Maître des mondes , lorsque » le matin sera venu, prends l'étendard, mets-le sur ton «épaule; tu entendras devant toi réciter le tekbir, sans » qu'aucun autre que toi puisse l'entendre; le lieu où se ter- » minera la prière , c'est celui-là qu'il faut choisir comme » kibla , c'est là où il faut placer dans la mosquée le siège » de l'iman. Dieu très-haut protégera cette ville et cette mos- » quée ; sa religion y sera établie sur des bases solides , et » jusqu'à la consommation des temps , les infidèles y seront » humiliés. » A ces paroles, Okbah sortit de son Sommeil, tout éperdu d'une telle révélation ; il fit ses ablutions et se rendit à l'emplacement que devait occuper la mosquée pour y réciter la prière.... Bientôt la voix mystérieuse firappa ses oreilles, il la suivit, et fixa à l'endroit où elle s'arrêta le siège de l'iman. »
Un autre écrivain arabe, El-Bekri ', nous apprend que cette mosquée fut rasée et rebâtie, l'an 69 de l'hégire (689 de notre ère), par Hassan-ben-Noman , qui fut nommé gouverneur de l'Afrique en remplacement de Soheir, successeur d'Okbah. Hassan néanmoins conserva le mihrab; il l'embellit même en y transportant deux superbes colonnes rouges, tachetées de jaune, enlevées à une église chrétienne, et pour lesquelles, ajoute cet historien géographe, l'empereur de Gonstantinople avait vainement offert leur poids en or. Sous le khalifât de Hicham-ibn-Abd-el-Melik, dixième khalife de la dynastie des Ommiades, vers l'an 105 de l'hégire (724 de J.-C), cette mosquée fut reconstruite sur un plan plus vaste. Quarante-huit ans plus tard , Yezid-ibn-Hatem , étant gou-
1 El-Bekri, Description de VÀfrique septentrionale, p. 57.
verneur de Tlfrikiya, la fit démolir de nouveau > à l'exception du mihrab, et la rebâtit ensuite. L'an 205 de l'hégire (820 de l'ère chrétienne), Ziada-t-^ Allah , fils d'Ibrahim-ibn-el- Aghlab, le fondateur de la dynastie des Aghlabites> la rasa pour la troisième fois. Gomme il se disposait à détruire aussi le mihrab , on lui objecta que tous ses prédécesseurs avaient abandonné ce projet, attendu que cette partie de l'édifice avait été élevée par Okbah-ben-Nâfi; il le conserva donc, tout en le masquant par un mur. Quant au reste du monument, il le rebâtit en entier. Quelques réparations et adjonctions eurent lieu encore plus tard. Actuellement, cette mosquée aurait besoin d'une restauration presque complète. Le nombre des colonnes qu'elle renferme, d'après les renseignements qu'on m'a donnés, se monte à cinq cents environ, chiffre probablement exagéré, car Bekri nous dit que de son temps, c'est-à-dire l'an 460 de l'hégire, on en comptait quatre cent quatorze , formant dix-sept nefs , et il n'est point a croire que, depuis cette époque, ce nombre, qui semble déjà si considérable, ait été encore augmenté, l'importance de la ville, et partant Ip splendeur de la mosquée, ayant diminué de plus en plus.
Telle est, en peu de mots, l'histoire, telle est -aussi, autant que je puis la donner, la description de ce monument célèbre, qui, malgré l'ampleur de ses proportions, ne m'a pas paru répondre, extérieurement du moins, à la renommée extraordinaire dont il jouit dans toute la Régence de Tunis.
Après la Djama-Sidi-Okbah , la Djama-Zitoun (mosquée de l'obvier) tient le premier rang.
Dans les faubourgs, les sanctuaires principaux sont : la zaouïa Sidi-Abd-el-Kader-el-Kilani, la zaouïa Sidi-Sahab, où reposent les restes de l'un des barbiers du Prophète, et la zaouïa Sidi-Amer-Abada. Cette dernière est décorée de plusieurs coupoles et elle est de construction toute récente»