‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 238 sur 284 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

car le saint en Thonneur duquel elle a été bâtie est mort, il y a peu d'années seulement ^ à Tunis.

Parmi les monuments funéraires qui sont presque vénérés à régal des sanctuaires religieux , je citerai quelques tombeaux, fort délabrés du r^ste, des Aghlabites, et celui de Sidi-Schanoun y savant théologien musulman , qui mourut Tan 240 de l'hégire (854 de J.-C), après avoir rempU les fonctions de kadi à Kaïrouan.

La ville a des marchés assez bien fournis. Bien qu'autour d'elle règne au loin un désert inculte , elle voit chaque jour entrer dans ses murs des caravanes qui l'alimentent incessamment. Ses bazars sont, comme tous ceux des autres villes musulmanes, divisés en plusieurs quartiers distincts, chaque genre d'industrie y occupant un emplacement séparé et étant sous la juridiction d'un amin particulier, ce qui rappelle nos corps de métiers du moyen âge. Le commerce consiste principalement en pelleteries; un grand nombre d'ouvriers fabriquent des brides, des selles, et surtout des babouches à la mode du pays. Ces babouches, en maroquin jaune, obtiennent par l'art de la préparation une couleur de safran d'une nuance très-remarquable, et pour laquelle les artisans de cette cité n'ont point de rivaux dans toute la Régence.

Kaïrouan n'a aucune fontaine dans son enceinte. Chaque mosquée, chaque établissement public ou privé, chaque maison-a sa citerne. Conmie en 1860 il n'a presque pas plu dans cette partie de la Tunisie, la plupart de ces citernes étaient à sec à l'époque de mon voyage, et celles qui n'étaient point encore vides renfermaient une eau vaseuse d'un goût détestable.

Pour obvier à cette pénurie d'eau dans les années de sécheresse, de grands réservoirs, appelés par les Arabes feskias, ou, suivant une prononciation plus usitée en Tunisie, fesguias, ^avaient été jadis creusés et construits près de la ville ; j'en ai remarqué quatre principaux.

L'un , celui qui est le plus en dehors des murs , vers l*ouest, se compose d'abord d'un bassin polygonal, forme de seize côtés, dans lequel l'eau se répandait en provenant de l'un des bras de l'oued Merg-el-Lil. Ce bassin a cent quarante-cinq pas de tour. De là, l'eau, après s'être purifiée en laissant une partie de son limon et des autres substances qu'elle tenait en dissolution, passait dans un second bassin beaucoup plus considérable et de forme à peu près circulaire; il compte environ quatre cent quatre-vingts pas de circonférence. Le mur d'enceinte en est soutenu par de nombreux contre-forts. Au centre s'élève une sorte de petit pavillon qui tombe en ruine et qui est aux trois quarts enseveli dans la vase durcie et desséchée qui s'est accumulée alentour. Enfin , de ce second bassin l'eau purifiée de nouveau et plus complètement arrivait limpide dans de profondes citernes où on la puisait. Il est question de ce vaste système de réservoirs dans El-Bekri.

« En dehors des murs de Kaïrouan, dit, cet écrivain ', se trouvent quinze réservoirs bâtis par l'ordre de Hicham et d'autres princes, afin d'assurer aux habitants une provision d'eau suffisante. Le plus grand et le plus utile de ces bassins est situé auprès de la porte de Tunis et doit sa construction à Abou-Ibrahim- Ahmed , fils de Mohammed l'Aghlabite. Il est de forme circulaire et d'une grandeur énorme. Au milieu s'élève une tour octogone, couronnée par un pavillon à quatre portes. Une longue série d'arcades cintrées, dont les unes sont posées sur les autres, vient aboutir au côté méridional de ce bassin. A l^ccident, il y avait un château bâti par Ziada-t-Allah. Immédiatement au nord du même bassin s'en trouve un autre , de petite dimension , nommé el-Feskia (le réservoir), qui reçoit les eaux de la rivière et en amortit la rapidité. Quand ces eaux le remplissent jusqu'à la hauteur

* El-Bckri, Description de V Afrique septentrionale, p. 65.

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