CHAPITRE TREIZIÈME
sur un monticule qu'environnent les vestiges très-confus d'un village renversé.
A trois heures, le marabout Sidi-Farhat attire à notre droite nos regards.
A quatre heures dix minutes, nous traversons l'oued Nebhana : nos chevaux ont de l'eau jusqu'au poitrail. Pendant l'hiver, à l'époque des grandes pluies, il est quelquefois trèsdangereux a franchir. Jadis on le passait' sur un pont de six arches, dont trois sont actuellement écroulées.
En deçà, et principalement au delà de cet oued, s'étendent sur ses deux rives les débris d'un bourg complètement détruit et appelé Henchir-Nebhana. Parmi les décombres qui couvrent l'emplacement qu'il occupait, on foule aux pieds, presque à chaque pas, de nombreux fragments de poterie antique, aussi remarquables par leur finesse et leur légèreté que par la beauté de leur vernis.
A cinq heures quarante-cinq minutes, nous demandons l'hospitahté pour la nuit à un douar des Oulad-Khalifa.
A cinq heures quarante minutes du matin , départ. Notre direction est celle du nord.
A six heures vingt minutes, nous atteignons les ruines de Djebibina. EUes sont très-indistinctes, et le boiurg antique auquel elles appartiennent a été comme eflacé du sol. On y observe seulement une ancienne citerne, et une fesguia moderne construite, dit-on, par l'ordre d'Hamouda-Pacha pour les besoins de la petite armée qui, chaque année, parcourt la Régence lors de la perception de l'impôt, et qui, dans sa marche vers le Djerid, dresse ses tentes en cet endroit. Mais cette fesguia, qui date à peine d'une cinquantaine d'années, est déjà hors d'usage et à moitié comblée.
A une faible distance de là, on aperçoit sur un monticule une petite pyramide conique haute d'environ cinq mètres
cinquante centimètres; elle repose sur un cube carré, qui lui-même est assis sur un soubassement. Ce cube a un mètre trente centimètres de hauteur, et chacune de ses faces mesure un mètre soixante-dix centimètres ; il est bâti en menus matériaux et est revêtu extérieurement d'un ciment qui ne paraît pas romain. Il en est de même de l'espèce de pyramide qui le surmonte. Ce monument, qui date probablement des derniers temps de l'époque byzantine, est désigné par les Arabes sous le nom d'El-Nadour; c'est peut-être un ancien tombeau.
A l'entour, sept tombes plus basses sont ensevelies sous des broussailles.
A sept heures vingt minutes, nous nous remettons en marche.
A huit heures, nous entrons dans une région très-accidentée appelée Khanga-Krerib.
A neuf heures, nous rencontrons au milieu de cette khanga, entrecoupée de ravins, les débris d'un petit établissement antique qu'on nomme Foum-el-Kharrouba.
A notre droite se dresse le massif du mont Djougar ; nous en contournons les flancs vers l'est, puis vers le nord. Le sentier que nous suivons serpente à travers une contrée sauvage et pittoresque, hérissée de broussailles et naturellement très-fertile, à cause des sources qui y abondent.
A midi, nous faisons halte au village de Bent-Saïdan.