CHAPITRE QUATORZIÈME
blage de trente-cinq maisons, groupées près d'une zaouïa consacrée à une sainte, qui s'appelle Fatma-BentrSatdan. Là s'élevait jadis l'ancienne Zucchara civitas, ainsi que le prouve une inscription copiée par Shaw, et que je reproduirai tout à l'heure.
Une source abondante y est recueillie dans un réservoir antique, aujourd'hui en fort mauvais état, et elle forme ensuite un ruisseau bordé de roseaux et de magnifiques touffes de lauriers-roses.
Les jardins de Bent-Salidan seraient très -fertiles, s'ils étaient mieux cultivés. De beaux oliviers y croissent mêlés à de vieux figuiers. Ces vergers sont traversés par l'un des tronçons de l'aqueduc de Garthage, celui qui a son point de départ à l'Aïn-Djougar.
Je ne découvre dans le village pour toute inscription que le fragment suivant :
Sur un long bloc encastré dans l'un des jambages de la porte d'une maison :
VVM MVLTIPLICATA A SE PECVNIA
{Estampage.)
Hauteur des caractères, onze centimètres.
Le même jour, je me rends à l'henchir Ain-Djougar. Il est à vingt minutes de marche au sud du village. Le sentier qui y conduit court le long des pentes orientales d'abord du Djebel-Bent-Saïdan, puis du Djebel-Djougar.
La fameuse source du Djougar est enfermée dans une enceinte rectangulaire dont les assises inférieures sont construites avec de gros blocs, et qui mesure vingt-quatre mètres dix centimètres de long sur dix-neuf mètres soixante centimètres de large.
Cette enceinte était jadis flanquée , à chacun des quatre angles, d'une tour dont le sommet est détruit , et qui parait avoir eu deux étages. Deux des façades sont environnées extérieurement de broussailles inextricables; la troisième est presque tout entière cachée par un caroubier gigantesque; la quatrième est ouverte. En pénétrant par cette ouverture dans l'intérieur de l'enceinte, on trouve qu'elle contient deux bassins, l'un carré et mesurant neuf mètres trente centimètres de chaque côté , l'autre de moindres dimensions et recevant par trois conduits l'eau de la source. Au-dessus de chacun de ces conduits, on avait pratiqué une niche. Ces trois niches étaient elles-mêmes ménagées dans une sorte d'abside surmontée d'une petite coupole, et elles devaient chacune renfermer une statue, soit de nymphe, soit de divinité.
L'eau de la source se répand de ce dernier bassin dans le premier que j'ai signalé, et de là elle se perd maintenant dans des plantations d'oliviers. Jadis, elle coulait dans le canal que l'on est en train actuellement de réparer, et qui, après avoir traversé le territoire de Bent-Saïdan, va rejoindre, en décrivant divers détours, le canal principal, dont la source est au Zaghouan.
Lors du voyage de Shaw, cet édifice, d'origine romaine, mais qui semble avoir subi des remaniements à une époque postérieure, était encore* orné d'un portail qui n'existe plus et sur la frise duquel ce voyageur avait lu ' :
RORISII TOTIVSQVE DIVINAE DOMVS
EIVS CIVITAS ZVCCHARA FECIT ET DEDICAVIT
La ville de Zucchara occupait, comme je l'ai dit, l'emplacement du village actuel de Bent-Saïdan. Il est inutile de faire remarquer l'analogie qui existe entre la dénomination qu'elle portait et celle de Djougar que continue à garder la
^ Shaw, t. I, p. 19*.