CHAPITRE HUITIÈME
De Bcja au Rcf. — Oued-Ressab. — Grande plaine nommée Dakla. — Oued- Medjerdah. — Oued -Tassa. — Henchir Aïn-Safra, ruines d*un bourg antique. — Bourg de Nebeur, près des ruines d'une petite ville antique. — Arrivée au Kef.
6 juin.
Nous quittons Béja à quatre heures du matin. Le soleil se lève en ce moment, et ses feux naissants semblent jaillir comme du sein d'un cratère enflammé; tout nous annonce une journée brûlante. Notre direction est celle du sud-ouest.
A quatre heures quarante-Cinq minutes , nous rencontrons de nombreux mecbads.
A cinq heures, nous traversons l'oued Tsemmache, que d'autres prononcent Semmache ; il est peu large et peu profond; l'eau en est bonne à boire.
A six heures quinze minutes, nous passons à côté de i'henchîr Gennara ; je n'y aperçois que deux citernes antiques et quelques gros blocs à l'entour.
A six heures cinquante minutes, nous laissons à notre droite Thenchir Rechya , consistant en un amas de gros blocs appailenant à une ancienne construction renversée.
A sept heures trente minutes , nous franchissons un oued assez large , dont le lit est bordé de superbes lauriers-roses en fleur. Nos chevaux ont de l'eau jusqu'au poitrail. Il s'appelle Oued-el-Kessab , à cause des roseaux qui y croissent aussi en abondance; c'est l'un des affluents de la Medjerdah.
La grande plaine que nous parcourons porte le nom de Dakia.
A huit heures, nous passons à gué la Medjerdah. Le lit de ce fleuve est large d'environ quatre-vingts mètres à l'endroit où nous le traversons. Les berges en sont hautes, abruptes, et comme taillées à pic; on dirait de véritables murailles de terre. Sur certains points elles sont profondément crevassées et menacent ruine, les assises inférieures sur lesquelles elles reposent étant incessamment minées par les eaux.
Près de ce gué , un douar a dressé ses tentes ; une dizaine de huttes sont aussi construites. Le scheik de cette localité, qui se nomme Berda, nous invite à nous reposer quelque temps sous son humble mais hospitalière demeure. Nous acceptons cette offre avec d'autant plus de reconnaissance, que la chaleur est suffocante, le vent soufflant du sud et embrasant l'atmosphère.
A trois heures trente minutes, nous poursuivons notre marche à travers la même plaine , que bordent à droite et à gauche deux chaînes de montagnes à peu près parallèles.
A six heures cinquante minutes du soir, nous demandons l'hospitalité pour la nuit à un douar campé près de l'oued Tassa et des marabouts Sidi-ben-Aïad et Sidi-Hamise.