‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 36 sur 284 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Description de la yille du Ref, l*ancienne Sicca Veneria.

8, 9 et 10 juin.

Je consacre ces trois jours à parcourir avec soin toutes les rues du Kef. Cette vilie doit le nom qu'elle porte maintenant (El-Kef, le rocher) à la montagne rocheuse sur le penchant de laquelle elle est bâtie. Le mur d'enceinte qui l'environne est flanqué de plusieurs bastions. La kasbah , qu'avoisine un fort plus petit, est vaste et construite presque tout entière avec de gros blocs antiques, provenant probablement de l'enceinte primitive. Elle s'élève au point culminant de la ville; mais, comme l'ont fort bien observé MM. Pellissier* et Berbrugger*, elle est dominée elle-même par une esplanade, dont elle n'est séparée que par une tranchée peu profonde pratiquée dans le roc, et d'où il serait facile de la battre en brèche, ce qui entraînerait la prise immédiate de la place. Celle-ci, qui est regardée par les Tunisiens comme la plus forte de la Régence et comme la clef du pays vers l'ouest, ne pourrait en réalité arrêter qu'une armée d'Arabes, et pour la mettre à l'abri des puissants moyens d'attaque que les troupes européennes possèdent actuellement, il faudrait la munir de fortifications beaucoup plus redoutables que celles dont elle se glorifie, et surtout retrancher soigneusement l'esplanade dont j'ai parlé.

Lorsque l'on pénètre dans l'intérieur du Kef par l'une des quatre portes principales dont ses murailles sont percées, on se perd au milieu d'un labyrinthe de rues et de ruelles irrégulièrement tracées. Deux quartiers sont presque en ruine et à peine peuplés , ce qui fait que cette ville renferme

^ Pellissier, Description de la Régence de Tunis, p. 182. * Berbrugger, Bev. a/ric, t. I, p. 270,

moitié moins d'habitants qu'on ne le supposerait d'abord. Sa population totale est de quatre mille cinq cents musulmans, auxquels il faut ajouter environ six cents juifs, quelques Maltais et les employés actuels du télégraphe français , télégraphe récemment établi en Tunisie, et dont les fils, partant de Tunis et passant par le Kef , relient la Régence à l'Algérie.

Parmi les ruines antiques qui ont attiré mon attention , je signalerai en particulier :

V Les vestiges d'un ancien sanctuaire consacré jadis à Hercule, ainsi que cela résulte d'une inscription trouvée sur place par Peyssonnel, et qui depuis a disparu;

2** Ceux d'une basilique chrétienne actuellement en grande partie démolie;

3** Les restes d'un palais ;

4* Une fontaine monumentale qui fournit encore aux habitants une eau très-abondante , laquelle arrive au moyen d'un grand canal souterrain ;

5* Une seconde fontaine, aujourd'hui bouchée, qui coulait, comme la précédente, d'une profonde caverne.

Çà et là , en outre , dans des constructions modernes , on remarque de belles pierres antiques, des tronçons de colonnes, des chapiteaux mutilés, des fragments d'entablements, des cippes tumulaires engagés confusément au milieu de matériaux plus ordinaires.

En dehors de la ville, à l'extrémité supérieure du plateau rocheux que j'ai signalé comme dominant la citadelle ellemême, est une ruine désignée parmi les indigènes sous le nom de Kasr-er-Roula (le château de la Goule , de la magicienne) . C'est, ainsi que M. Berbrugger l'a fort bien reconnu', une ancienne basilique chrétienne; elle mesurait environ trentetrois mètres de long sur seize de large. Les murs, dont les

^ Berbrugger, Bev, a/ric, t. I , p. 274 et 275.

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