CHAPITRE NEUVIÈME
substructions existent encore, avaient un mètre d'ëpaisseur ; ils étaient construits avec de fort belles pierres de taille parfaitement agencées ensemble, et se terminaient du côté du sanctuaire en forme d'abside demi-circulaire. La nef principale était ornée de colonnes en marbre blanc veiné de bleu, dont quelques tronçons seulement gisent au milieu d'autres débris, les musulmans les ayant enlevées pour leurs mosquées. On y trouve aussi plusieurs pierres tumulaires revêtues d'inscriptions plus ou moins mutilées. Ces pierres tumulaires, d'une époque antérieure à la basilique et employées comme matériaux de construction, montrent qu'elle a été bâtie avec des éléments divers.
M. Berbrugger pense qu'à cause du nom que les Arabes lui donnent, on peut, sans invraisemblance, l'identifier avec la kenicia ou église à propos de laquelle Bekri ' raconte le foit merveilleux que voici :
a Pendant la domination byzantine , il y avait dans l'église de Ghikka Benaria (Sicca Yeneria, maintenant le Kef) un objet bien curieux, un miroir dans lequel tout homme qui soupçonnait la fidélité de sa femme n'avait qu'à regarder pour voir la figure du séducteur. A cette époque, les Berbers professaient le christianisme, et un homme de cette race ayant montré beaucoup de zèle pour la religion, était devenu diacre. Un Latin , jaloux de sa femme , alla consulter le miroir, et voilà qu'il y distingue les traits du diacre berber. Le roi fit chercher le Berber et le condamna à avoir le nez coupé et à être promené à travers la ville; puis il le chassa de l'église. Les parents de cet homme allèrent de nuit briser le miroir; pour les punir, le roi fit saccager leur campement. »
Au-dessous des ruines du Kasr-Roula, par conséquent au bas du plateau rocheux , s'étendent de grandes citernes romaines. Elles sont au nombre de onze. Chacune mesure
* El-Bekri , DescripU de PÀ/rique septentrionale, p. 82.
vingt-huit pas de long sur sept de large : elles communiquent les unes avec les autres au moyen d'une ouverture cintrée. Le stuc qui les enduisait intérieurement existe encore, du moins en partie, sur les parois de plusieurs d'entre elles.
Ces vastes réservoirs prouvent à eux seuls l'importance de la ville antique qu'ils alimentaient; ils sont aujourd'hui transformés en étables, et, plus encore peut-être que jadis les écuries du roi Augias, ils auraient besoin de l'un des travaux d'Hercule pour être nettoyés.
La nécropole des juifs, que l'on voit à quelque distance de là, le long du rempart, offre cela de curieux que la plupart des pierres sépulcrales (jui recouvrent les morts ont été enlevées à d'anciens tombeaux; plusieurs d'entre elles sont encore revêtues d'épitaphes latines mal dissimulées sous une couche de chaux, de telle sorte qu'au premier abord on se croirait en présence d'un cimetière antique où reposeraient les cendres des colons romains appartenant à la vieille cité de Sicca Yeneria, tandis qu'on a devant soi un cimetière moderne où les Israélites actuels du Kef vont ensevelir leurs morts.
J'y ai copié un certain nombre d'épitaphes faites ainsi pour d'autres défunts que ceux qui dorment sous les dalles où elles ont été gravées.
La ville ancienne, dont celle du Kef occupe l'emplacement, était beaucoup plus grande que celle-ci; car, en dehors de l'enceinte moderne, jusque dans les jardins qui l'avoisinent, le sol est jonché de débris divers.
Elle s'appelait Sicca Veneria, comme le témoignent Ptolémée, l'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger. Dans d'autres auteurs, elle est citée seulement sous le nom de Sicca. Solin ', d'un autre côté, ne la mentionne que sous celui de Veneria, et il attribue son origine aux Siciliens, qui
^ Solin., c. XXVI.