‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 38 sur 284 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

y auraient fonde en même temps le culte de Vénus Érycine; mais il est plus probable que cette ville remonte à une époque plus reculée, et qu'elle dut sa fondation à une colonie de Phéniciens qui y introduisirent le culte de la Vénus asiatique adorée en Assyrie, et vraisemblablement aussi en Syrie et en Phénicie, sous le nom de Succoth^Benoth, dénomination que Shaw *, d'après Jean Selden et Gérard-Jean Vossius, rapproche de celle de Sicca-Veneria , prétendant que celle-ci dérive de celle-là. Gesenius*, cependant, tire le mot Sicca d'une racine phénicienne qtti se retrouve dans le mot arabe souk (marché).

Toujours est-il que la déesse de la volupté , importée soit de Sicile, soit d'Asie, avait dans cette ville un temple célèbre •par les honteux mystères qu'on y pratiquait, comme le prouve le passage suivant de Valère-Maxime '.

« Siccae enim fanum est Veneris, in quo se matronae conferebant atque indè procédantes ad quaestum, dotes corporis injuria contrahebant , honesta nimirum tam inhonesto vinculo conjugia juncturae. »

La dénomination antique de Sicca Veneria s'est conservée ]on{]^emps, même depuis la conquête musulmane, sous la forme un peu altérée de Chakbanaria; et M. Berbrugger, dans le numéro de la Revue africaine que j'ai déjà cité, mentionne trois écrits arabes où cette ville est désignée de la sorte. J'ai moi-même rapporté plus haut un passage d'El- Bekri dans lequel ce géographe l'appelle Ghikka-Benaria. Aujourd'hui, parmi les indigènes, cette dernière dénomination a disparu complètement pour faire place à celle d'El-Kef.

Indépendamment du nom de Sicca Veneria, cette ville a encore porté jadis ceux de Golonia Julia Girta Nova et de

1 Shaw, t. I, p. 228.

2 Gcaenias, Monumenta Phœnîcia, p. 418.

» Valer. Max., 1. H, c. vi, § 15.

Girtha Sicca, comme cela résulte de deux inscriptions qu'après M. Berbrugger j'ai lues et copiées au Kef, dans une maison particulière appelée Dar-ben-Achour.

Voici la première , qui contient les mots Coloniae Juliae Cirtae Novae :

Sur un piédestal servant de pilier dans la cour de cette maison :

Q • CASSIO Q • F • QVIR

CALLIONI QPR

ID COLONI COLONI

AE IVLIAE CIRTAE NO

VAE QVOD ANNO

NAM FRVMENTI DE SVA

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