‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 64 sur 284 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

poindre, et le scheik convoque autour de lui ses subordonnés. Tous protestent avec serinent de leur innocence, tous affirment qu'ils sont étrangers à ce vol, et prétendent qu'étant attachés à la zaouïa de Sidi-Âbd-ei^Beubbou, et, comme tels, devant être regardés comme de dévots personnages, je les insultais gravement en les croyant capables d'une pareille action. Mon mulet, disent-ils, se sera échappé de lui-même en brisant la corde qui le retenait au piquet.

« Mais voyez cette corde, leur répondis -je, elle a été évidemment coupée avec un instrument tranchant, soit un couteau, soit un sabre.

— Alors, ajoutent-ils, ce sont des voleurs nomades ou appartenant à quelque douar voisin qui, à la foveur des ténèbres, se seront glissés jusqu'auprès de ta tente pour enlever ton mulet.

— Dans ce cas, répliquai-je , d'où vient que vos chiens n'ont point aboyé, ce qu'ils n'eussent pas manqué de faire si un Arabe d'un autre douar eût pénétré dans celui-ci pendant la nuit? Le voleur est donc certainement l'un d'entre vous, et si mon mulet ne m'est pas rendu, je vais aller adresser mes plaintes au khalife de Teboursouk, sous la juridiction duquel vous êtes , et lui dire qu'au mépris de l'hospitalité , vous avez profité de mon sommeil pour me voler au milieu même de votre campement. »

Ces paroles produisirent sur eux l'effet que j'en attendais, et le scheik embarrassé , après en avoir conféré à voix basse avec quelques compères : « Ne pars pas, me dit-il, avant deux ou trois heures d'ici , et laisse-moi le temps de recouvrer ton mulet. Je vais envoyer immédiatement des cavaliers au douar où je soupçonne qu'il aura été emmené cette nuit; si on refuse de le livrer, nous marcherons tous pour l'arracher des mains des ravisseurs, et avec l'aide d'Allah, de Mahomet et de Sidi-Abd-er-Reubbou, nous te le ramènerons, sois-en sûr. »

Quatre cavaliers, parmi lesquels deux parents du scheik, montent aussitôt à cheval et se dirigent vers le douar en question. Au bout de deux heures, ils reviennent triomphalement tirant par la bride mon mulet, et ils ne manquent pas de se vanter longuement auprès de moi de s'être battus avec acharnement pour le ravoir. Je savais très-bien à quoi m'en tenir là-dessus, convaincu que j'étais que c'était l'un des jiarents du scheik qui, de connivence avec quelque Arabe d'un douar voisin, avait commis le vol ; et recommandant à Mohammed et à Aly de veiller avec soin sur mon bagage et sur mes montures, je commençai enfin avec Malaspina l'exploration des ruines que j'étais venu visiter.

Ces ruines, connues sous le nom d'Henchir-Sibi-Abd-er- Reubbou ou d'Henchir-Mest , rappellent par cette dernière dénomination l'antique ville de Musti, dont elles sont les vestiges.

Je signalerai en premier lieu les débris d'un bel arc de triomphe. La longueur de ce monument mesiwe dix mètres trente centimètres; l'ouverture de l'arcade est de quatre mètres cinquante centimètres. Les pieds-droits s'élèvent encore jusqu'à la hauteur de sept mètres cinquante centimètres environ ; mais toute la partie supérieure de l'édifice est depuis longtemps écroulée, par suite probablement d'un tremblement de terre. D'énormes blocs gisent entassés au pied de cette porte triomphale, dont ils obstruent les abords. Parmi ces blocs, j'en ai distingué quatre qui sont revêtus de caractères. On lit sur l'un :

GORDIANO AVG

Sur un second :

(Estampage.)

Page 1