‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 7 sur 284 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

nin comme étant située à VI milles au nord d'Utique, sur la route de Carthage a Hippone-Zaryte. La Table de Peutinger indique h la même distance d'Utique et sur la même route la ville de Membione, qui doit être confondue évidemment avec celle de Membrone. El-Aoudja étant juste h VI milles au nord de Bou-Chater, on ne peut guère se tromper, je crois, en y fixant Membrone ou Membione.

En sortant d*El-Aoudja, nous longeons sur notre gauche une suite de montagnes qui s'étendent de l'ouest à l'est vers la mer; par leur prolongement, elles constituent le promontoire appelé Ras-Sidi-Aly-el-Mekki. Des jardins plantés d'oliviers , de figuiers , d'amandiers et de plusieurs autres arbres fruitiers, déploient à notre droite une végétation luxuriante.

A cinq heures trente minutes, je remarque quelques ruines antiques près d'un puits.

A six heures, nous laissons à notre droite le Bordj-Tunis, appelé ainsi parce qu'il semble regarder cette ville; il est assis sur les bords d'un grand lac que les indigènes désignent sous le nom d'El-Bahira ou de Rhar-el-Melah (le lac ou la {osse au sel), et les Européens sous celui de lac de Porto- Farina. La forme de ce bordj est celle d'un carré défendu aux quatre angles par un bastion ; une faible garnison l'habite, et il parait, extérieurement du moins, en assez bon état de défense.

Nous continuons de marcher entre de riches et riants vergers, dont le plus remarquable appartenait, il y a quelques années, à un général tunisien appelé Salah-Chiboub , qui avait dû à la faveur son élévation et son opulence , et que la disgrâce de son souverain a précipité ensuite dans la misère. Je l'ai vu dans l'île de Djerbah, où il est exilé et où il végète dans l'indigence. La belle habitation qu'il s'était fait bâtir près de Rhar-el-Melah et celle qu'il possédait dans la ville elle-même ont été l'une et l'autre confisquées par le dernier bey.

A six heures quinze minutes, nous arrivons dans la petite ville de Rhar-el-Melah , plus connue parmi les Francs, de même que son lac, sous la dénomination de Porto-Farina. Le khalife nous offre l'hospitalité à Dar-el-Bey.

27 mai.

Je commence par visiter la paroisse catholique. Elle a étë fondée le 25 du mois de janvier 1853. La maison qui renferme à la fois le presbytère et la chapelle a été donnée k cette époque par le bey Ahmed à monseigneur Sutter, évêque de Tunis. Le premier prêtre qui a été et qui est encore chargé de desservir cette paroisse naissante est le R. P. capucin Francesco da Rimini. Cet excellent religieux, qui est en même temps agent consulaire de la plupart des puissances de l'Europe, m'accueille avec beaucoup d'affabilité. Sa bonne et respectable figure respire la candeur de l'enfanc-e jointe à la gravité de la vieillesse. Il parait heureux dans le poste où la Providence l'a placé et très-attaché h sa petite église. Ses paroissiens se décomposent ainsi : quarante-quatre Maltais, dix Napolitains et cinq Sardes fixés h Rhar-el-Melah; de plus, neuf Maltais et quatre Sardes établis à Ras-el-Djebel.

Je fais ensuite le tour de Rhar-el-Melah. Cette ville, jadis plus importante que maintenant, quand son port plus profond était l'un des principaux de la Régence, ne renferme plus aujourd'hui que sept cents musulmans , auxquels il faut ajouter cinquante-neuf chrétiens et soixante-dix israéUtes. Elle s'étend en longueur, d'un côté entre le lac du même nom, et de l'autre entre la chaîne de montagnes qui se termine au promontoire Sidi-Aly-el-M^kki.

Deux forts appelés, l'un Bordj-Oustany (fort du milieu), et l'autre Bordj-Sidi-Aly-el-Mekki , parce qu'il est sur la route qui conduit à ce marabout, défendent l'arsenal, actuellement abandonné.

Le premier mesure soixante pas sur chaque face; il est

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