‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 8 sur 284 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

flanqué d'un bastion à chacun de ses an^jles et muni de quelques pièces de canon. Il doit la dénomination qu*il porte à sa position intermédiaire entre le bordj Tunis au sud-ouest, dont j'ai déjà parlé, et le bordj Sidi- Aly-el-Mekki , que je viens de mentionner.

Ce dernier est également carré; son développement est de soixante-treize pas en long comme en large; il est, ainsi que les deux précédents , flanqué de quatre bastions et armé de plusieurs pièces de canon.

De là je me dirige vers le promontoire Sidi- Aly-el-Mekki , ayant à ma gauche de verdoyants jardins, et le lac à ma droite. L'amandier domine comme arbre dans ces vergers; çà et là aussi je remarque des plantations de vignes; la plupart des ceps sont attaqués par l'oïdium. Ces jardins sont bordés, pour les enclore, d'arbres ou d'arbustes, tels que palmiers, tamariscs, arbousiers et lentisques. La chaîne de montagnes au pied ou sur les dernières pentes desquelles ils s'étendent , a une hauteur moyenne de trois cents à trois cent cinquante mètres au-dessus de la mer et du lac. Celui-ci forme un vaste bassin elliptique dont le grand axe, de l'ouest à l'est, peut avoir huit kilomètres, et le second cinq. Une langue de terre éti*oite et en partie cultivée le sépare de la mer. Elle est percée aux trois quarts de sa longueur par une ouverture ou boghaz , large de quelques centaines de mètres , et qui s'ensable de plus en plus; bientôt elle ne pourra plus donner passage même aux bâtiments du plus faible tonnage. Le lac, lui aussi, se comble insensiblement, par suite de la quantité de terre et de limon que déversent continuellement dans son sein plusieiu*s cours d'eau qui s'y jettent , et entre autres, l'un des bras de la Medjerdah. Sa profondeur actuelle est à peine d'un mètre cinquante centimètres en moyenne; dans quelques endroits elle est bien moindre.

Au bout d'une heure de marche , je rencontre à l'extrémité du lac des marais salants dont l'existence a sans doute

fait donner à la ville le nom par lequel les Arabes ont l'habitude de la désigner. Continuant à m*avancer vers Test, j'aperçois bientôt sur une hauteur, non loin du Ras-Sidi-Alyel-Mekki , la koubba de ce santon célèbre , qui est le but de nombreux pèlerinages.

Ce promontoire est très-probablement le promontorium Apollinis des Romains; mais son nom indigène était Ruscînona, comme nous l'apprend un passage de Tite-Live ', qui désigne clairement cet endroit comme celui où la flotte des Carthaginois se retira la nuit avant de livrer combat à celle de Scipion devant Utique.

« Carthaginienses, sub occasum, solis segni navigatione in portum (Ruscinonam Afri vocant) classem appulere. »

Shaw *, en citant ce passage, ajoute que le mot Ruscinona, qui est phénicien, signifie proprement le promontoire des vivres, et en particulier du blé; de telle sorte que l'appellation moderne et italienne de Capo-Farina donnée à ce même cap ne serait que la traduction littérale de la dénomination phénicienne. Si cette identification est fondée, on peut également penser que la ville de Rhar-el-Melah ou de Porto- Farina n'a fait que succéder à une ville antique appelée de même Ruscinona, et qui était un entrepôt maritime pour le transport des blés.

En face du ras Sidi-Aly-el-Mekki, à trois milles de distance à l'est, on aperçoit une petite île basse, qui, à cause de cela, s'appelle en arabe El-Ouatiah, et en italien Isola-Piana. On la désigne aussi quelquefois sous le nom de Kamela, Gamela ou Gamelora.

Un peu à l'ouest de ce même promontoire est un autre îlot appelé Pilau.

De retour vers trois heures de l'après-midi à Rhar-el- Melah, je gravis par une pente d'abord assez douce, ensuite

1 Tite-Live,Xin, 10.

2 Shaw, t. I, p. 483.

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