‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 80 sur 284 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

cordes. Ces blocs en tombant du sommet de l'édifice brisèrent dans leur chute les angles des assises inférieures, Tébranlèrent lui-même en partie, et accumulèrent à l'entour un monceau de débris gigantesques qui ne permettent plus maintenant de pénétrer dans l'intérieur des chambres sépulcrales d'en bas. Néanmoins, il est encore facile de reconnaître la forme primitive du mausolée.

Il s'élevait sur un terrain incliné en pente douce. Là où le sol baisse le plus, on compte six gradins qui servent comme de soubassement; à l'endroit opposé, il y en a moins, sans que je puisse en déterminer le nombre, à cause de la quantité de blocs renversés qui sont amoncelés de ce côté. Le monument a été construit en retraite sur le gradin supérieur : sa longueur est de six mètres quarante-quatre centimètres et sa largeur de six mètres dix-huit centimètres ; ainsi il forme un rectangle presque carré. Chacun de ses quatre angles était orné d'un pilastre ionique cannelé dont les débris gisent à terre. Il était divisé en deux étages, le premier étage renfermant quatre petites chambres sépulcrales et le second deux seulement. Celui-ci, à moitié démoli et écroulé sur l'étage inférieur, qui est de la sorte presque entièrement enseveli , était lui-même surmonté d'une espèce de pyramide, aujourd'hui complètement détruite, et qui, en retraite sur le second étage, couronnait le mausolée.

Ce superbe tombeau a été tout entier bâti avec de belles pierres de taille d'un très-grand appareil et provenant d'une carrière creusée dans les flancs d'une montagne voisine de Dougga. On pénétrait dans les chambres du premier étage par deux ouvertures rectangulaires, tournées l'une vers l'est, l'autre vers le nord; le second étage n'avait qu'une entrée. Ces ouvertures étaient fermées au moyen d'une dalle qui se baissait ou se levait à volonté, engagée qu'elle était dans deux rainures verticales et parallèles.

Parmi les blocs épars ou pêle-mêle entassés qui obstruent

les abords du monument, j'ai aperçu du côté droit le tronc d'une statue de fenune ailée ; la tète , les bras et les jambes manquent : j'ai remarqué aussi sur un bloc long de un mètre soixante centimètres et large de quatre-vingt-neuf centimètres un haut-relief représentant un char traîné par quatre chevaux. Le conducteur qui les dirige est très-mutilé : les chevaux paraissent s'avancer au galop; ils sont figurés avec hardiesse, mais de cette manière un peu roide qu'on observe souvent soit dans l'enfance, soit dans la décadence de l'art. De l'autre côté du mausolée, j'ai trouvé également une seconde statue de femme ailée, mutilée comme la première, et un hautrehef identique au précédent. Ces deux statues et ces deux hauts-reUefs devaient orner la partie supérieure, aujourd'hui écroulée, du monument au pied duquel on les voit maintenant.

A quelle époque et pour quels personnages a été construit ce mausolée? C'est là une question que seule peut résoudre l'inscription bihngue dont j'ai parlé. Celle-ci est depuis quelques années au Musée Britannique de Londres, où a été transportée la tablette sciée sur la pierre qui en était revêtue. La planche ci-jointe, que M. le duc d'Albert de Luynes a fait graver d'après l'original, pourra permettre aux orientalistes, par le soin minutieux avec lequel elle a été exécutée, de rectifier les explications données par Gesenius d'après les copies relevées en Tunisie par MM. Gren ville-Temple et Honegger. C'est à eux qu'il appartient, en l'interprétant, d'en tirer toutes les conclusions que l'on peut en déduire.

A sept heures du soir, je remonte au village, où nous nous installons tous dans la maison d'un habitant.

21, 2î, 23 et 24 juin.

Durant ces quatre jours consécutife, j'explore attentivement les ruines de Dougga, pratiquant des fouilles en plusieurs endroits et copiant partout les inscriptions ou fragments d'in-

Page 1