CHAPITRE QUINZIÈME
Sur un piédestal que j'ai fait déterrer :
ASICIAE VICTORIAE C-THVGGENSES OB MVNI FICENTIAM ET SINGVLA REM L I B E R A L I TAT E M EIVS IN REMPQVAE OB FLAMONIVM . IBIAE ASICIANES FILSVAE K5 C MILTI POLLICITA est EX QVORVM RED ITV LVDI SCAENICI ET SPORTVLAE DECVRIONIBVS DARENTVR DD VTRIVSQVE ORDINIS POSVER-
{Estampage.)
 la seconde ligne de cette inscription , les mots C'THVGGENSES, cives Thuggenses, sont trop apparents pour que j'aie besoin de les signaler à l'attention du lecteur.
Abordons maintenant l'examen rapide des principaux monuments dont les ruines ont survécu à la destruction de Thugga.
Sans revenir sur le grand mausolée que j'ai déjà décrit, je citerai :
V Un temple consacré à la fois à Jupiter et à Minerve. Le portique ou pronaos en est encore assez bien conservé. Il se compose de six belles colonnes corinthiennes, dont quatre de face et deux sur les côtés. Ces colonnes ont une circonférence de trois mètres trente centimètres; la distance qui les sépare est de deux mètres quatre-vingt-quinze centimètres. Elles ont été polies avec beaucoup de soin, et le chapiteau qui les couronne accuse un travail fin et délicat. Sur la frise du
pronaos règne une inscription qui est aujourd'hui en partie effacée; mais il est assez facile de restituer les mots qu'on ne peut plus lire : voici ceux que j'ai pu déchiffrer :
iOVI OPTIMO MAXIMO ET MINERVAE AVGSACRVM
PROS VERI • AVG • ARMENIAC • OR . .
SIMPLEX REGILLIANVS SPF-
Cette inscription nous révèle le nom des deux divinités qui étaient adorées dans ce temple , celui de l'empereur sous le règne duquel il a été bâti, celui aussi des deux citoyens qui rélevèrent à leurs frais. Le nom d'un seul, à la vérité, est maintenant visible ; mais comme il est reproduit de nouveau au-dessus de la porte de la cella conjointement avec celui d'un personnage de nom , prénom et surnom identiques et évidemment son frère , on est suffisamment autorisé à rétablir ici le nom que le temps a effacé.
Le fronton qui surmonte le portique est orné d'un hautrelief qui a beaucoup souffert. On distingue néanmoins au milieu du tympan un aigle gigantesque aux ailes éployées, et à côté la tète d'un personnage très-mutilé. Le sujet représenté est très -probablement, comme le pense S. Grenville Temple, l'enlèvement de Ganymède par l'aigle de Jupiter.
La cella a perdu depuis longtemps sa forme primitive. Grossièrement rebâtie à l'époque chrétienne, elle a été alors divisée en trois nefs aboutissant à trois autels, deux latéraux, placés sous une espèce d'encadrement rectangulaire, et un troisième central, qui servait de maître-autel. Ce dernier s'élevait sous une petite coupole ou abside demi-circulaire. Cette enceinte mesure environ quatorze mètres trente centi-
> Spon., Mise, 194. — s. Grenv. Temple, t. II, p. 314, no 44. — Pellissier, p. 250.