‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 10 sur 268 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

en y comprenant les faubourgs, mais tout l'espace que cette ville occupe est loin d'être complètement habité; des cimetières, des maisons détruites et des terrains non bâtis envahissent un espace assez considérable. Néanmoins, comme les rues sont fort étroites et que certains quartiers surtout sont surchargés de population , je suis porté à croire que le chiffre de soixante-dix mille habitants assigné par M. Pellissier 1 à la capitale de la Régence est trop faible, et qu'actuellement elle en renferme quatre-vingt-dix mille, répartis de la manière suivante :

GO, 000 musulmans, 20,000 juifs, 10,000 chrétiens.

Ces dix mille chrétiens se subdivisent eux-mêmes ainsi :

5,000 Maltais, 3,000 Italiens, 500 Grecs,

1,500 Français, Espagnols, Allemands ou Anglais.

Dans cette dernière catégorie, ce sont les Français qui dominent; les Anglais, au contraire, sont très-peu nombreux.

Ici je ne dois point oublier de signaler un fait qui est incontestable, c'est qu 'aucune influence européenne ne peut contre-balancer à Tunis celle de la France. Le consul général de cette nation y jouit d'une autorité et d'une prépondérance que les consuls des autres puissances, même celui d'Angleterre, ont renoncé à lui disputer. Les Maltais, à la vérité, et les Italiens, sont plus nombreux dans cette ville et dans les autres comptoirs maritimes de la Régence que les Français. Or, les Maltais sont sous la juridiction du consul d'Angle-

> Pcllissicr, Description de ta Régence de Tunh, p. 51.

terre; mais, asservis malgré eux h la domination anglaise, ils ne peuvent, eux catholiques, regarder le drapeau de l'Angleterre protestante comme un drapeau national; et, d'ailleurs, ce drapeau est loin «le les protéger comme il protège les sujets réellement anglais. La véritable patronne des chrétiens à Tunis, de même que dans tout le reste de l'empire ottoman, c'est la France. Cela est si vrai «pie le quartier européen, là comme ailleurs, s'appelle toujours le «piartier franc. Depuis la conquête d'Alger surtout, les Tunisiens se sont habitués à regarder le pavillon français comme celui qu'ils doivent le plus craindre d'avoir pour ennemi, et celui qui abrite le plus puissamment toutes les diverses nationalités «le l'Europe, en tant que chrétiennes. C'est sous ce pavillon également «pie les juifs se réfugient avec le plus de confiance, toutes les fois qu'ils ont à se plaindre de quelque avanie nouvelle.

Juifs et chrétiens habitent, comme je l'ai dit, la partie basse de la ville. Les Maltais et les Italiens occupent en outre les rues des faubourgs qui avoisinent le plus le quartier franc.

Les juifs ont sept sy nagogues ; les chrétiens grecs célèbrent leur culte «lans une chapelle qui a été réparée dernièrement. Quant à la paroisse catholique, elle est comprise dans les bâtiments du couvent capucin.

Tout le monde sait que l'honneur d'avoir fondé la première maison religieuse à Tunis appartient aux Pères de la Rédemption des captifs. De temps en temps quelques missionnaires franciscains ou dominicains venaient aussi les seconder dans leur pieux ministère; mais ce fut seulement en 1624 qu'une mission fut définitivement organisée. Elle fut confiée aux capucins pur un bref d'Urbain VIII, du 21 mars de cette année. Dans la première partie du siècle actuel, les Pères de la Rédemption n'ayant plus d'esclaves à racheter, abandonnèrent leur maison. Le bey la donna quel-

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