‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 9 sur 268 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

est-il de Smyrne , de Damas , d'Alexandrie et du Caire , villes dont la position est si admirable et le coup d'œil d'ensemble si frappant, et qui, parcourues dans leur intérieur, détruisent elles-mêmes le charme qu'elles avaient produit.

Bien inférieure à ces dernières villes et surtout à Constantinople, Tunis forme comme elles, intérieurement, un réseau confus et irrégulier de rues et de ruelles mal percées, mal bâties, encore plus mal entretenues. Aucun plan ne semble, en effet, avoir présidé à la construction de cette cité. Deux ou trois artères principales la sillonnent néanmoins dans une grande partie de son étendue, et sont comme autant de points de repère pour l'étranger qui s'aventure sans guide dans ce dédale presque inextricable. Quelques rues sont pavées plus ou moins complètement, mais la plupart ne le sont pas du tout, et pendant l'hiver, à l'époque des pluies torrentielles de cette saison, elles se transforment, dans les quartiers bas particulièrement, en de véritables fondrières, ce qui les rend souvent impraticables. Joignez à cela qu'elles sont rarement ou mal balayées, et qu'elles ressemblent quelquefois à des cloaques impurs de l'aspect le plus repoussant. Le quartier habité par les juifs et dans lequel pullule une population pressée et misérable ou affectant les dehors de la misère, est le plus immonde de tous.

Le quartier franc s'améliore peu à peu depuis quelques années. On y remarque, outre les hôtels des consuls, plusieurs maisons d'une assez belle apparence; mais ce quartier, de même que celui des juifs, occupant la partie basse de la ville, est comme celui-ci inondé, à l'époque des grandes pluies , par les ruisseaux infects qui descendent de la haute ville; ces deux quartiers sont, de plus, directement soumis à l'influence maligne des kandaks qui vont se déverser dans le lac, et qui, en été principalement, exhalent une horrible puanteur. On est en train, actuellement, de construire des canaux fermés pour remplacer ces hideux fossés à ciel ouvert.

Ce sera une heureuse et utile amélioration , qui était réclamée depuis longtemps par la salubrité publique.

Toute la ville haute est réservée aux musulmans et s'élève en amphithéâtre sur les flancs d'une colline dont la pente est peu rapide, et dont la kasbah ou citadelle occupe le point culminant.

Les Arabes comparent Tunis, pour la forme, à un burnous étendu dont la kasbah serait le capuchon. Alexandrie était de même comparée jadis par les Grecs avec une chlamyde.

La ville est située dans une espèce d'isthme compris entre deux lacs, l'un à l'est, c'est c elui dont j'ai déjà parlé, l'autre au sud-ouest, et qui porte le nom de Sebkha-el-Sedjoiuni. Ce dernier est presque entièrement à sec en été, et c'est alors un vaste bassin sablonneux recouvert d'une efflorescence saline, ce qui indique la nature du sol, et ce qui, pour le dire en passant, a fait donner à ce grand réservoir marécageux le nom de Sebkha, mot par lequel les Arabes désignent d'ordinaire les étangs salés.

Une enceinte crénelée, dans laquelle on pénètre par cinq portes, enferme la cité proprement dite. Le mur, sur beaucoup de points, est en très-mauvais état, et dans plusieurs endroits l'escalade, même sans échelle, y serait très-facile à des soldats agiles et exercés, à cause des espèces de degrés qui résultent de l'extrême dégradation des parois extérieures. Il va sans dire qu'exposé aux coups de quelques pièces de canon, un pareil mur ne pourrait pas résister longtemps, et que de larges brèches y seraient pratiquées en moins d'une heure.

Les deux faubourgs sont défendus par une enceinte un peu plus solide : ils s'étendent l'un au nord, l'autre au sud; le premier porte le nom de Rebat-Bab-ekSouika, et le second de Rebat-Bab-el-Djezira.

On estime à Huit kilomètres environ le pourtour de Tunis,

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