CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
Aujourd'hui ces remparts n'exislent plus , et au lieu d'être une cité unique comprise dans une seule enceinte, la capitale de l'Arad 1 est, ainsi que je l'ai dit, composée de deux bourgs et de plusieurs villages, chacun ayant son nom distinct, et néanmoins réunis tous sous la dénomination collective de Gabès, dénomination qui embrasse l'oasis dans son ensemble.
Menzel, l'un de ces bourgs, renferme environ trois mille cinq cents habitants. Aucun monument n'y mérite l'attention du voyageur. Les rues sont étroites , les maisons basses et généralement mal bâties; mais les matériaux employés dans leur construction sont la plupart d'assez grande dimension et proviennent d'édifices antiques démolis. Ça et là des colonnes mutilées sont engagées aux angles ou soutiennent les portiques de plusieurs mosquées et même de simples habitations; dans les bazars, on en remarque un certain nombre qui servent de piliers à de misérables échoppes. En un mot, tout annonce, dans la grossièreté des constructions modernes, la magnificence de la ville antique aux ruines de laquelle ces divers débris ont été empruntés.
En pénétrant dans la cour d'une maison inachevée, j'ai lu sur une petite colonne de inarbre rougeâtre, gisant à terre, l'inscription que voici :
IMP CAES L D AVRELIANOPIO FELICIAVGPON Tl FICI • MAX'GE RMAXTRIB POTIIICOSII PROC- P P M • P • X I I I I
{Estampage.)
1 Tel est le nom de l'onthan dont Gabès est le chef-lieu.
Cette borne mi II in ire provient, à ce que j'ai appris, d'un henchir appelé Lemton, a vingt kilomètres environ an sudest de Gabès, distance qui s'accorde assez bien avec celle de XI I II milles romains dont il est ici question.
Djara, situé au nord-est de Menzel, en est séparé par un des bras de l'Oued -Gabès et par une plaine au milieu de Inquelle s'élève un fort. Ce bordj est défendu par plusieurs mauvaises pièces de canon ; j'y ai trouvé une dizaine de soldats et quelques prisonniers enfermés dans d'obscurs cachots.
Le bourg de Djara, comme celui de Menzel, est presque tout entier construit avec des bleus antiques. Il est un peu plus grand que ce dernier, et sa population est de quatre mille habitants. Le kaïd de l'Arad y possède une vaste maison qui a eu jadis quelque splendeur; aujourd'hui elle est très-délabrée.
Des rivalités réciproques qui souvent ont éclaté* par des hostilités ouvertes et sanglantes, divisent ces deux bourgs. Chacun d'eux s'est longtemps disputé le privilège d'avoir le marché. C'est Menzel qui a fini par l'obtenir, et depuis lors son importance s'est accrue.
Quant à Chenneni et aux autres villages qui dépendent de l'oasis de Gabès, leur population réunie peut s'élever à deux mille cinq cents habitants, ce qui constitue pour l'oasis entière un chiffre de dix mille âmes.
Aucun Européen, du moins que je sache, n'y est en ce moment établi ; mais un certain nombre de juifs s'y livrent au commerce ou à différents métiers. C'est un juif nommé Abram-Dey qui occupe le poste d'agent sanitaire, et qui en même temps, quand l'occasion s'en présente, remplit les fonctions d'agent consulaire au nom de différentes puissances de l'Europe.
Tous les voyageurs qui ont visité Gabès ont vanté à l'envi ses jardins. Qu'on se figure à droite et ù gauche de l'Oued-