‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 112 sur 268 · CHAPITRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIEME

Gubès une suite de vergers d'une incomparable fertilité. Cet oued se divisant en deux bras et en plusieurs canaux qui alimentent à leur tour une multitude de rigoles, répand tout le long de son cours la fécondité et la fraîcheur. S'il venait à tarir, l'oasis délicieuse qu'il a créée et qu'il entretient ferait bientôt place au désert, et au lieu d'une terre grasse et limoneuse, on ne verrait plus qu'un sol aride et sablonneux. Il pleut, en effet, très-rarement à Gabès, et, sans ce fleuve bienfaisant et nourricier, les hommes seraient impuissants à rien tirer de cette terre, devenue rebelle à leurs efforts, tandis que, grâce à ses eaux intarissables, elle leur prodigue, avec un faible travail de leur part, les produits les plus abondants et les plus variés.

Ces jardins, séparés les uns des autres ou par des haies de cactus, ou par de petits murs en terre battue que hérissent des branches de palmier, sont partagés eux-mêmes en un grand nombre de compartiments autour desquels circulent, à certaines heures et en vertu de conventions réciproques, des ruisseaux vivifiants. Ces compartiments sont semés de blé, d'orge et de divers légumes. A l'entour croissent des figuiers, des amandiers, des citronniers, des grenadiers, des orangers ; et , bien au-dessus de ces arbres confusément plantés, de magnifiques dattiers, à la tige svelte et élancée, dressent dans les airs leur panache verdoyant.

J'errai longtemps, accompagné du fils du khalife, à travers ces vergers enchantés , qui produiraient bien davantage encore si ceux qur les cultivent avaient plus d'énergie, ou que le fisc tunisien fût moins rapace. « Cabès, dit El-Bekri abonde en fruits de toute espèce et surtout en bananes ; aussi fournit-elle une grande quantité de fruits à la ville de Cairouan. Les mûriers y sont très- nombreux, et chacun de ces arbres nourrit plus de vers à soie que ne feraient cinq

1 Dticript. de l'Afrique septentrionale, p. 44.

\9\ VOYAGK KN TUNISIE.

mûriers dans tout autre pays. Cabès se distingue par la honte et la finesse de sa soie; elle est même la seule ville de l'Ifrikiya qui en produise — Lu canne à sucre y donne des produits abondants. »

Actuellement, ni la banane ni la canne à sucre ne sont plus cultivées dans l'oasis de Gabès, et connue l'industrie de la soie y est soumise à un impôt assez lourd , les mûriers y sont moins nombreux qu'à l'époque du savant géographe arabe.

On sait une le Coran interdit le vin aux musulmans; mais ils affectionnent beaucoup les raisins secs ou frais. Aussi la vigne est-elle l'une des productions et en même temps l'un des plus gracieux ornements des jardins de Gabès. Ses ceps puissants s'enroulent et grimpent comme le lierre autour du tronc des palmiers, et quand elle est parvenue à une certaine hauteur, elle court en festons d'un palmier à l'autre, ainsi qu'elle le fait eu Italie pour les platanes ou les ormeaux.

Je n'oublierai pas non plus de mentionner, parmi les plantes ou arbustes cultivés à Gabès, la garance, le djedri, dont la racine teint également en rouge, et le benneh, dont les feuilles pilées et réduites en pâte produisent cette couleur jaune-orange qui est employée dans la teinture des étoffes, et que les femmes musulmanes et juives mettent de même en usage pour se teindre les ongles des pieds et des mains. Enfin , il est un arbre ou plutôt un arbrisseau que je ne puis manquer de signaler comme abondant dans cette oasis, c'est le rhamnus lotus. Il est considéré généralement comme étant ce fameux lotos aux fruits si doux, qu'au dire d'Homère il faisait oublier leur patrie à ceux qui en avaient une fois goûté.

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> Odyssée, chaut IX, vers 94 et 95.

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