CHAPITRE IMX-NEUVIEME
Cet arbrisseau sauvage est très-commun dans le nord de l'Afrique, et principalement le long de la Petite S vite et dans Pile de Djerba , c'est-à-dire dans la contrée où l'on place les anciens Lotophages chantés par la poésie et mentionnés par l'histoire. Il a de grands rapports avec le jujubier cultivé; mais il en diffère par la forme de son fruit, qui est sphérique et plus petit que la jujube. Il fleurit en mai , et les baies qu'il produit sont mures dans le courant d'août et de septembre ; le goût de celles-ci est agréable , et les Arabes en sont trèsfriauds, comme les Lotophuges auxquels ils ont succédé.
Au milieu de cette magnificence et de ce riche épanouissement d'une nature presque tropicale, j'oubliais facilement les heures, sans pouvoir rassasier mon admiration du beau spectacle que j'avais sous les yeux, spectacle qu'animait le chant de nombreux oiseaux qui gazouillaient en voltigeant d'arbre en arbre, lorsqu'à travers les palmiers le fils du khalife me montra le soleil qui inclinait à l'horizon, et m'avertit qu'il était temps de retourner à Mcnzel.
7 mars.
L'oued Gabès, dont je décrirai la source un peu plus tard, se jette dans la mer à deux kilomètres au nord-est de Mcnzel. Au moment du reflux, ses eaux baissent d'au moins deux mètres, et d'amères qu'elles étaient quand elles étaient pénétrées et grossies par les ondes de la Méditerranée, elles redeviennent douces et peu profondes. L'embouchure de *ce fleuve sert actuellement de port à l'oasis, celui de l'antique Tacape étant depuis longtemps ensablé. Un fort appelé Uordj-Djedid (le fort neuf) protège la plage en cet endroit. Les petits navires qui entrent dans l'oued ou qui en sortent doivent profiter de certaines heures favorables que les marins du pays connaissent fort bien ; il faut aussi pour cela que le vent soit propice. Autrement, s'il est contraire, ou si même, soufflant dans la direction que l'on désire, il est trop vio-
im VOYAGE EN TUNISIE.
lent, aucun bâtiment ne se hasarderait impunément à franchir l'entrée de l'oued, qui, dans ces deux cas, est trèsdangereuse.
• ; J'avais appris la veille au soir, en revenant à Menzel, qu'il y avait dans le port un petit navire qui se disposait à faire voile pour l'île de fijerba aussitôt que la marée le permettrait, c'est-à-dire vers les deux ou trois heures du matin. Désirant ne pas laisser échapper cette occasion, je m'v rendis la nuit avec Malaspina et mes hamhas. Nous étions à bord bien avunt l'heure du départ, afin qu'au moindre souffle favorable nous pussions lever l'ancre; mais en vain attendîmes- nous jusqu'à quatre heures du matin, le réis trouva que la mer était trop houleuse, et il nous déclara qu'il briserait infailliblement son bâtiment s'il essayait de forcer l'embouchure de l'oued, où les values étaient très-agitées.
Nous fûmes contraints de redescendre à terre, et nous revînmes à Menzel. Changeant alors de plan, et dans la crainte que les exigences du vent, jointes à celles de la marée, ne retardassent encore longtemps notre départ par mer, je résolus de gagner l'île de Djerba en suivant le littoral jusqu'au détroit qui sépare cette île du continent, détroit très- resserré et qu'il est assez facile de franchir en tout temps. Néanmoins, avant de me mettre en marche, je voulus parcourir de nouveau toute l'oasis de Gabès et examiner plus attentivement l'emplacement de la ville antique, sur lequel je n'avais pu, la veille, jeter qu'un coup d'œil rapide.
Tacape ou Tacapae, dont le nom primitif se retrouve, avec de légères modifications et la suppression de l'article Ta, dans la dénomination moderne Cabès (par adoucissement Gabès), s'étendait sur le bord de la mer, à une faible distance de Menzel. Ses ruines, qui disparaissent et s'effacent de plus en plus, sont éparses sur plusieurs collines où l'on ne remarque plus ça et là que quelques traces à peine distinctes de constructions, et cinq ou six citernes enduites intérieure-