‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 116 sur 268 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

A dix heures quarante minutes, nous arrivons au village de Kettana, que d'autres prononcent Ketena.

Dans le lointain, nous distinguons au milieu de la plaine la zaouïa de Sidi-Sellem, dont la koubha est entourée d'un bouquet de palmiers.

Bientôt après, nous franchissons l'oued Céder.

A onze heures vingt-cinq minutes, je quitte un instant la route pour aller examiner, à un kilomètre de distance, vers l'ouest, les ruines d'un henchir : elles consistent en un amas de pierres éparses ou amoncelées; quelques blocs considérables gisent çà et là. Mes guides ignoraient le nom de cette localité ; mais c'est probablement riienchir Lemtou , qui m'avait été signalé à Gabès comme étant celui d'où l'on avait tiré la colonne milliaire dont j'ai reproduit plus haut l'inscription. La distance se rapporte, en effet, assez bien avec le chiffre de XIV milles qui est gravé sur cette colonne.

A onze heures quarante minutes, nous traversons l'Ouedel-Ferd; son lit est très-large et semé de lauriers-roses, de palmiers nains et de différents arbustes.

A onze heures cinquante minutes, je jette un coup d'œil sur les ruines d'un kasr nommé Aïchoun. Elles sont peu distinctes; quelques gros blocs se remarquent parmi les décombres.

A midi trente minutes, on me fait observer sur les bords de l'oued Zerkin un grand nombre de ces petits tas de pierres appelés en Tunisie meebads, et qui indiquent l'endroit où un meurtre a été commis.

A trois heures quarante minutes, nous atteignons Zerat, village d'une quarantaine de maisons établies sur le bord d'un ravin. Les habitants en sont très-hospitaliers, et le scheik m'offre un abri dans la demeure vide d'un de ses parents, parti en pèlerinage pour la Mecque; lui-même est hadj, c'est-à-dire qu'il a accompli ce voyage sacré.

Cette localité, où j'ai observé un certain nombre de grosses

pierres bien équarries et évidemment antiques, a dù être jadis un bourg de quelque importance, bourg dont la fondation avait été déterminée en cet endroit par une abondante source d'eau : celle-ci, un peu tiède, mais intarissable, est recueillie dans un bassin circulaire fort mal entretenu, car hommes et animaux vont s'y baigner et y boire en même temps.

De beaux palmiers, quelques oliviers, des figuiers et divers autres arbres fruitiers, croissent dans les jardins de Zérat.

La Table de Peutinger signale sur la route de Macomades minores à Leptis magna une station appelée Fulgurita, à XXV milles au sud-est de Tacape. Cette indication nous conduit droit à Zerat, qui occupe précisément la position que la Table assigne à Fulgurita. On serait donc en droit d'identifier ensemble ces deux localités. Toutefois, comme cette même station de Fulgurita, mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin sous le nom de Fulgurita villa sive Agma, y est marquée comme étant séparée de Tacape par une distance de XXX milles et non plus seulement de XXV, on doit admettre avec d'autant plus de réserve l'identification précédente, que V milles à l'est-sud-est de Zerat et par conséquent à XXX milles de l'ancienne Tacape, on trouve un benchir dont je vais parler tout à l'heure, et qui répond aussi bien aux données de l'Itinéraire d'Antonin que Zerat à celles de la Table de Peutinger.

9 mars.

Je m'étais aperçu la veille au soir que plusieurs des cavaliers supplémentaires que le khalife de Gabès m'avait donnés s'étaient montrés très-impérieux envers quelques habitants de Zerat, et que, sous prétexte de faire honneur à l'étranger qu'ils étaient chargés d'accompagner, ils voulaient exiger de ces pauvres gens bien au delà des devoirs habituels de l'hospitalité arabe. J'avais refusé pour moi tout ce qu'ils avaient

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demandé à mon intention, et je leur avais formellement défendu d'abuser pour eux-mêmes de mon nom et de la mission nui leur avait été confiée. Pendant la nuit, ils n'avaient pas tenu compte de ma défense, et ils avaient profilé* de mon sommeil pour mettre à une sorte de contribution forcée, dans l'intérêt de leur gourmandise, les principaux habitants du village. Ce qu'ayant appris le lendemain à mon réveil, je les congédiai immédiatement et je les renvoyai à Gabès, gardant seulement avec moi, outre mon escorte accoutumée, le spahi Ahmed, en qui j'avais pleine confiance.

A six heures du matin, je quitte Zerat.

A six heures quarante-cinq minutes, nous traversons l'oued Zegzaou ; il est presque entièrement desséché.

A sept heures quinze minutes, près d'une sebkha, sur une colline peu élevée, j'examine un henchir connu sous le nom d'El-Medéina. J'y observe une grande quantité de petits matériaux qui jonchent le sol , et ça et là quelques pierres d'un plus grand appareil. Les vestiges encore apparents de deux constructions assez considérables attirent surtout mon attention, ainsi que trois ou quatre tronçons de colonnes. Cet henchir étant éloigné de XXX milles de Gabès, il faut y placer la Fulgurita villa de l'Itinéraire d'Antonin , si la distance indiquée par cet Itinéraire n'est point erronée; si au contraire celle de XXV milles donnée par la Table de Peutinger est la véritable, c'est avec Zerat, comme je l'ai dit, que l'on doit identifier cette station.

A huit heures quinze minutes, nous commençons à entrer dans le lit desséché de l'Oued-cz-Zass : nous le suivons pendant longtemps.

A dix heures, un autre oued d'une extrême largeur et également à sec se présente devant nous; c'est l'oued Oura- Sasar; nous le traversons.

A onze heures trente minutes, j'abandonne la route pour aller visiter, sur le bord de la mer, les ruines assez étendues

d'un henchir qui m'est <I« : si;jn<: sous le nom de Roumiu. J'y heurte à chaque pas des amas considérables de pierres dont quelques-unes, de grande dimension, oui dû appartenir à des édifices d une certaine importance. Une crique peu développée a dît jadis servir de port à celte petite ville, qui est depuis longtemps déserte et ruinée de tond en comble. Ne serait-ce pas là le Templum Veneris de la Table de l'entinger, station intermédiaire entre Fulgurita à l'ouest et Gigti à l'est, et marquée dans cette Table au nord d'une presqu'île qui est celle que nous parcourons en ce moment?

A midi trente minutes, une caravane de vingt Arabes apercevant de loin nos armes qui brillaient au soleil, et nous prenant pour des maraudeurs appartenant a l'une des tribus pillardes qui habitent cette partie de la Régence, s'arrête soudain dans sa marche. Ils descendent tous précipitamment de leurs montures, se rangent en cercle, arment leurs longs fusils, et, plaçant au centre leurs femmes et leurs enfants, se disposent à soutenir l'attaque d'ennemis imaginaires : mais bientôt, à mesure que nous nous approchons et qu'ils distinguent sous mon burnous arabe des vêtements européens, ils reconnaissent leur erreur et remontent sur leurs chameaux. Quelques instants encore, et ils échangent avec nous des saluts amis, riant eux-mêmes les premiers de tout leur cœur des vaines craintes qui les avaient d'abord agités.

A une heure trente minutes, nous avons atteint l'extrémité de la presqu'île qui s'avance en se rétrécissant vers l'île de Djerha. La côte forme en cet endroit une sorte de mur de falaises escarpées et taillées à pic. Celles-ci surplombent audessus de la mer, qui en sape continuellement les fondements et en fait écrouler de temps à autre des pans énormes d'un grès plus ou moins compacte qui deviennent comme de nouveaux récifs contre lesquels les vagues se brisent quelquefois avec fureur. Cette partie du rivage est désignée sous le nom de Ras-el-Djorf ou Tarf-el-Djorf. Les falaises s'ouvrent en

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