‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 119 sur 268 · CHAPITRE VINOT KT IMKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINOT KT IMKME

très principaux de poptilat ion. Les cinq plus importants sont Îlournt-A jim , lloiiint-Souk , 1 loimil-( !c<L icn , I lonmt-Cedouikhes et HouuiMiuilaia 1 . J'en dirai un mot tour à tour, à mesure «pic je les visiterai. Le kaïd qui ré.sidait autrefois à Houmt-Souk séjourne actuellement à I Inumt-Céelrien, où il s'est fait construire* une vaste et riche demeure.

Les habitants, au nombre «l'une quarantaine de mille, sont, en partie du moins, d'origine berbère. Les musulmans les regardent comme kharedjites, c'est-à-dire comme schismatieiues. Jadis tres-redoutés à cause de leurs brigandages, ils jouissent maintenant d'une meilleure! réputation, et les Européens qui les visitent ou qui, en petit nombre, sont fixés au milieu d'eux, n'ont rien à craindre de leur part. Ils se divisent en cultivateurs, en tisserands et en marins ou pécheurs.

Les cultivateurs, qui forment la majorité 1 , sont plus laborieux que ne le sont d'ordinaire les Maures et les Arabes. Sans doute, ils sont loin de déployer cette activité industrieuse du fermier ou du colon européen, qui sait tirer de la terre tout ce qu'elle petit donne»!', enii sait même lui arracher, à force de labeur et d'intelligence, ce qu'elle semblait él abore! devoir refuser. Néanmoins, on ne penit méconnaitre que cette ile ne soit beaucoup mieux cultivée que ne le sont la plupart des terres en Tunisie. C'est là e>ù j'ai vu les plus beaux oliviers de la Régence. Dans certains cantons, entre autres, j'en ai remarqué qui atteignaient des proportions colossales : l'huile qu'on en extrait est bien plus recherchée dans le commerce que celle même de Sousa et de S fax. Des arbres fruitiers de toute sorte croissent dans les jardins, mêlés aux oliviers. D'élégants dattiers les elenninent et par leur présene'e communiquent à ces vergers un aspect tout oriental. Ici plus rares, là , au contraire, plus multipliés et constituant de véritables

1 Le mot liouint signifie quartier, centre de réunion.

bois, ils fournissent des dattes meilleures que celles des îles Kerkennah; toutefois, elles sont de médiocre qualité, comparées à celles du Djerid ou du Nefzaoua. J'ai observé qu'un certain nombre de ces arbres, en raison même du prix inférieur de leurs dattes, avaient été- privés de leur tête, afin de produire du la;;mi. Eu général, les dattiers que l'on dépouille ainsi de leurs branches supérieures dans le but de recueillir la séve qui continue à monter vers le faite de l'arbre, comme pour vivifier ces branches absentes, s'épuisent rapidement et finissent par mourir, quand on en a retiré une quantité assez considérable de cette liqueur sucrée qu'on appelle lagmi et qui n'est autre chose cpie leur séve. Cependant ils ne- succombent pas tous à cette «'norme déperdition de leurs forces vitales, et avec du repos et des soins ils reprennent peu à peu et se couvrent de nouveaux régimes. On m'en a même montré qui avaient subi cinq ou six fois la même opération, sans paraître avoir rien perdu de leur vigueur première.

L'arbuste si célèbre sous le nom de lotos abonde toujours, à l'état de buisson, dans l'antique patrie des Lotophages. Je l'ai déjà décrit ailleurs.

Chaque verger renferme ordinairement plusieurs compartiments semés de blé et d'orge ou plantés de divers légumes.

La vigne est également cultivée en certains endroits. A Souk-el-Kebir, où il y a quelques centaines d'Européens et un plus grand nombre de juifs, on fabrique un vin d'un jaune doré qui rappelle ceux de Santorin ou de Samos.

La seconde classe des habitants de l'île , c'est-à-dire les tisserands, au lieu d'être entassés dans des ateliers communs, confectionnent, disséminés dans leurs maisons particulières, ces magnifiques couvertures et tissus en laine, en coton et en soie, pour lesquels ils n'ont point de rivaux dans la Régence. Cette industrie est, dit-on, moins florissante qu'autrefois; néanmoins, elle est toujours demeurée l'une des plus grandes richesses de l'ile.

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Les marins et les pécheurs vivent le long des côtes. Les cinq mouillures principaux sont : Bndj-el-Mersa au sudouest, Bordj-Ojelidje au nord-om , M» t su es-Souk au nord, Rliir à l'est, cl Bordj-el-Kanlnra au *nd-cst.

La pêche consiste eu épouses, «mi poulpes et en divers poissons, dont une partie est consiinunile dans l'île; l'autre est salée et expédiée ailleurs.

Après cette courte description générale, je reprends la suite de mon journal.

A sept heures du matin, le 10 mars, nous quittons Houmt- Ajim, bourg peuplé de quinze cents habitants environ et entouré d'un territoire très-fertile. Notre direction est celle du nord-nord-est. Nous traversons successivement plusieurs houmts ou agglomérations diverses «le maisons de campagne plus ou moins espacées les unes «les autres. Chemin faisant aussi, nous rencontrons, de distance en distance, de petites mosquées qui sont autant de centres religieux pour ces habitations dispersées.

Ce qui me frappe surtout, c'est la beauté extraordinaire des oliviers. Ouant aux céréales, elles n'ont guère réussi, à cause de l'extrême sécheresse de cette année; beaucoup de puits sont taris ou ne fournissent qu'une eau insuffisante pour les besoins d'un sol altéré. Par bonheur pour ces pauvres insulaires, vers les neuf heures, des nuages sombres, longtemps attendus par eux, chargent de toutes parts l'horizon ; ils éclatent bientôt en une pluie torrentielle qui inonde la terre, à la grande joie des cultivateurs, dont nous entendons les cris d'allégresse, et qui, sur le seuil de leurs demeures, ne se lassent pas de la voir tomber comme un bienfait que leur envoie le ciel. Pour nous, la tête basse et enveloppés tout entiers dans nos burnous, nous hâtons le pas de nos montures et nous poursuivons silencieusement notre route.

A onze heures enfin, après avoir traversé l'île entière du

sud au nord , nous parvenons à Houmt-Souk , autrement dit Souk-el-Kebir. Le khalife m'offre l'hospitalité dans l'ancienne maison du kaïd, maison vaste et jadis somptueuse, mais qui, depuis que le gouverneur ne l'habite plus, est fort mal entretenue.

A midi, l'agent consulaire de France, Sidi-Mustafa-ben- Heïs, vient me rendre visite, accompagné de son chancelier, M. Mariano. Je trouve en lui un vieillard très-affable et trèsobligeant. D'origine algérienne, il remplit depuis longtemps, de la manière la plus honorable, les fonctions dont il est revêtu. Aussi plusieurs autres puissances Font-elles choisi pour leur représentant.

A deux heures, la pluie avant complètement cessé, je me disposais à parcourir Houmt-Souk, lorsque je reçois une nouvelle et agréable visite : c'est celle de M. l'abbé Bois, Savoisien de naissance, qui administre la paroisse catholique. I) me propose de m'accompagner lui-même à travers le Houmt, et nous sortons ensemble. Nous nous dirigeons d'abord vers son église. Elle est petite, mais très-bien tenue. Fondée en 18t8 par le H. P. Gaëtano Maria de Ferra re, elle est depuis cinq ans confiée à M. l'abbé Hois, missionnaire encore tort jeune et plein de zèle, qui, uvec des ressources très-limitées, se plait à la parer lui-même. Ses paroissiens sont peu nombreux; ils ne dépassent pas trois cents individus, la plupart Italiens ou Maltais. A la fois prêtre et instituteur, il partage son temps et ses soins entre le sublime ministère de l'autel et l'éducation de l'enfance. « Ce qui me manque surtout, me disait-il, ce sont des sœurs. D'abord elles élèveraient les petites filles , et ensuite je fonderais avec elles dans ma paroisse un hôpital, ou du moins un dispensaire, qui serait commun aux chrétiens, aux juifs et aux musulmans. — La religion chrétienne, ajoutait-il très-justement, doit se montrer partout, mais principalement dans les pays mahométans, escortée de la charité comme de sa fidèle compagne, et

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