CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
et h deux heures trente minutes , je fis mes adieux et je présentai mes remerciments a Si-Saïd-ben-Aïad , et nous quittâmes tous Ccdrien. M. Mariano et Sidi-Ibrahim s'en retournèrent à Houmt-Souk; pour nous, nous primes la direction de Houmt-Cédouikhes.
La route que nous suivons est bordée, à droite et à gauche, de fertiles vergers, entremêlés de champs de céréales.
A trois heures quarante-cinq minutes, nous parvenons à Houmt-Cédouikhes, où, surpris par une forte pluie, nous faisons halte pour la nuit.
14 mars.
A six heures du matin, nous allons examiner, à trois kilomètres à l'est de ce bourg, les restes d'une petite ville ancienne entièrement renversée. L'endroit où elle était située s'appelle aujourd'hui Rhaba-Taorit (les jardins de Taorit). On y voit beaucoup de pierres confusément entassées, et au milieu de ces vestiges d'habitations détruites s'élèvent les
débris d'un monument carré mesurant huit mètres sur chaque face. Cet édifice, construit avec de belles pierres de taille dont les assises sont un peu en retraite les unes sur les autres, paraît avoir été un ancien mausolée. Découronné de sa partie supérieure , il renferme intérieurement huit petites niches cintrées, destinées sans doute à contenir des urnes cinéraires. Les habitants du pays donnent à cette ruine le nom de Dar-er- Roula (la maison de la magicienne), et ils racontent , au sujet de cette fée mystérieuse , des fables étranges dont je fais grâce au lecteur.
Trois kilomètres plus loin vers le sud , nous rencontrons les restes presque effacés d'un village antique dans un endroit appelé Thala. Les musulmans y vénèrent un santon en l'honneur duquel ils arborent de petits drapeaux près d'un bosquet d'oliviers.
En continuant à marcher trente minutes dans la direction
du sud, nous commençons à apercevoir les premiers vestiges d'une grande cité qui, par l'étendue du terrain qu'elle couvrait et par l'importance des constructions dont il subsiste encore quelques traces, semble avoir été jadis la capitale de nie.
Elle comprenait un espace qu'on peut évaluer à cinq kilomètres de pourtour. Un mur d'enceinte dont on reconnaît encore ça et là les fondations l'environnait de toutes parts. Le sol qu'elle occupait est aujourd'hui livré à la culture, du inoins en grande partie, et par conséquent lu plupart de ses monuments ont été presque complètement rasés. Toutefois on distingue encore :
r Une espèce de château- fort à murs très-épais et de construction romaine;
2° Plusieurs vastes citernes assez bien conservées;
3° Le long de la mer, sur des monticules factices résultant de décombres accumulés, les débris de quelques beaux édifices, sacrés ou profanes, dont on ne constate plus l'existence que par des fragments de colonnes et de statues mutilées.
Sur l'emplacement de l'un de ces monuments gisent trois chapiteaux en marbre blanc et plusieurs morceaux d'entablement sculptés avec une rare élégance. Un peu plus loin, les débris de huit statues, dont deux colossales, attirent l'attention. Les tètes manquent, ainsi que les jambes et les bras. Ces statues étaient, les unes en marbre blanc, les autres en marbre rougeâtre.
De nombreuses fouilles ont été pratiquées sur divers points de cet henchir. M. Pellissier y avait trouvé sur un piédestal une inscription qui a disparu. Des Anglais, m'a-t-on dit, sont venus, il y a peu d'années, dans cet endroit; ils passent pour en avoir enlevé des marbres précieux. En outre, le kaïd Si-Saïd-ben-Aïad , lorsqu'il a fait bâtir sa villa de Cédrien, eh a tiré de beaux matériaux de construction.
La cité antique avait plusieurs petites criques qui lui ser-