CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
scheik m'avait donnée pour y passer la nuit, des cris tumultueux retentissent dans le bourg ; ils sont poussés principalement par des femmes et par des enfants, qui jettent l'alarme de tous côtés et annoncent qu'une cinquantaine de Bédouins appartenant à une tribu voisine viennent d'enlever plusieurs centaines de moutons et une trentaine de vaches dans les jardins qui entourent Zarziss.
Ces sortes de razzias sont très-fréquentes dans les contrées méridionales de la Régence, sur les frontières de la Tunisie et de la Tripolitaine , où habitent des tribus également indépendantes, de fait, du bev de Tunis comme du bey de Tripoli, et pour qui le pillage est une habitude invétérée.
La nuit qui survenait empêcha les habitants de Zarziss de poursuivre les ravisseurs; mais ils la passèrent sur le quivive , dans la crainte d'un nouvel enlèvement. Le scheik , à qui je parlai de mon projet d'aller, le lendemain matin, visiter les ruines de Medinet-Zian , situées à huit kilomètres à l'ouest dans la plaine, m'en dissuada vivement. Néanmoins, comme je savais qu'elles étaient importantes et que je ne voulais pas m'en retourner sans les avoir explorées, je convins avec lui qu'il ajouterait dix hommes bien armés à ma petite escorte habituelle, et que je me mettrais en marche de grand matin.
16 mars.
Il est cinq heures du matin, et aucun des hommes qui m'ont été promis ne se hâte de se rendre à l'appel. J'envoie a plusieurs reprises chez le scheik, qui arrive enfin avec l'escorte dont nous étions convenus la veille. Tous les fusils sont chargés au départ, et à six heures nous sommes en route.
Nous traversons d'abord une suite de jardins pendant l'espace de trois kilomètres. Ils sont plantés de palmiers, d'oliviers, de figuiers et d'amandiers, entre lesquels sont des
carrés de blé et d'orbe. Des tentes ou des cabanes en roseaux sont disséminées çà et là. On ine montre, cbemin faisant, l'endroit où, la veille au soir, les Bédouins ont exécuté leur coup de main , et l'un de ceux qui m'accompagnent prétend qu'il a perdu dans cette razzia une vingtaine de moutons; en même temps je l'entends qui appelle toutes les malédictions du ciel et des hommes sur la tête des brigands qui lui ont ravi une partie de sa fortune.
A six heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte un instant à l'henchir Hamédi. Il consiste en un mur d'enceinte grossièrement construit et couronnant un monticule où l'on a établi jadis un poste d'observation.
A sept heures, nous apercevons derrière un pli de terrain et à moitié cachés par des broussailles une quarantaine de Bédouins accroupis et rangés en cercle. Leur premier mouvement est de saisir leurs armes à notre approche. Comme ils voient que nous ne nous disposons point à les attaquer, et que, d'un autre coté, nous sommes prêts à leur riposter, s'ils nous tirent des coups de fusil ; que nous n'avons d'ailleurs avec nous aucune espèce de bagage qui puisse tenter leur cupidité, à l'exception de nos armes, dont la conquête pourrait leur coûter cher, ils nous laissent passer, et se contentent de nous lancer des regards obliques et menaçants.
Nous continuons à nous avancer dans une vaste plaine hérissée d'herbes et de broussailles, et qui serait très-fertile si la main de l'homme ne lui manquait pas.
A sept heures vingt-cinq minutes, nous atteignons les ruines de Medinet-Zian. Ces ruines sont éparses sur plusieurs collines peu élevées, en partie couvertes de hautes herbes et de ronces, et en partie ensemencées d'orge et de blé. Ces collines étaient couronnées d'édifices bâtis avec des pierres d'un très-puissant appareil, d'une taille très-régulière et bien agencées entre elles. L'un de ces monticules , de forme elliptique, était environné d'un mur d'enceinte dont les assises