‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 127 sur 268 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

inférieures existent encore et accusent une construction trèssoignée. C'était peut-être un fort, et ln désignation des Arabes, qui l'appellent bordj, parait fondée. Sur les autres monticules, des amas plus ou moins confus de magnifiques blocs, restes de monuments détruits, jonebent le sol. La trace et la forme de quelques-uns de ces monuments sont encore jusqu'à un certain point reconnaissables. Je signalerai particulièrement les vestiges d'un temple ou d'un palais qui a été bouleversé de fond en comble, par suite des fouilles qu'on y a pratiquées. On remarque sur l'emplacement qu'il occupait les débris de plusieurs statues. Elles sont en beau marbre blanc et paraissent l'œuvre d'artistes assez habiles; malheureusement elles sont très-mutilées; il y en a même que les Arabes ont mises en pièces, s'imaginnnt qu'elles renfermaient intérieurement un trésor caché.

Au bas de ces collines, dans la plaine, la direction de trois rues est indiquée par des lignes parallèles de décombres provenant des maisons qui les bordaient.

Une tradition singulière répandue parmi les habitants de Zarziss, c'est qu'un canal allait de Zian à la mer, amenant là, près du port, des flots d'huile qu'on recueillait ensuite dans des jarres ou dans des barils pour les exporter ailleurs. Il ne faut, sans doute, ajouter aucune foi à une pareille tradition ; toutefois elle constate , dans son exagération même , l'ancienne fertilité de cette contrée, couverte jadis d'oliviers, fertilité que son sol possède toujours, et dont elle pourrait jouir encore si elle n'était point en proie au brigandage et qu'une autorité ferme et intelligente y encourageât l'agriculture.

Quel était le nom antique de Zian? Aucune inscription ne l'a jusqu'à présent révélé; mais peut-être faut-il placer là le Ponte-Zita municipium de l'Itinéraire d'Antonin, le même très-probablement qui, dans la Table de Peutinger, est marqué sous le nom de Liha municipium. A la vérité, la dési-

gnation de Ponte-Zita semble indiquer que ce municipe touchait au pont qui reliait le continent à l'île des Lotophages; mais ni à l'endroit où aboutissait ce pont sur la terre ferme, ni dans le voisinage le plus rapproché, aucune ruine de quelque importance ne m'a été signalée, et l'henchir Medinet-Zian, situé à quinze kilomètres de ce pont ou plutôt de cette chaussée , est le plus considérable de tous ceux qui l'avoisinent.

A neuf heures, nous nous remettons en marche pour Zarziss par une route différente de celle que nous avions d'abord suivie.

A neuf heures quarante-cinq minutes, nous arrivons à Kasr-Mouença, appelé également Souk-el-Kebir. C'est un bourg dont la plupart des maisons sont voûtées et h double étage, chose rare en Tunisie; beaucoup d'entre elles sont actuellement fermées, leurs habitants étant absents et ayant émigré ailleurs avec leurs troupeaux par suite du manque de pâturages, dû à l'extrême sécheresse de l'année.

Entre Kasr-Mouença et Zarziss, nous traversons des jardins naturellement fertiles, et qui le seraient bien davantage encore s'ils étaient mieux cultivés.

A dix heures trente-cinq minutes , nous sommes de retour de notre excursion.

Vingt-six kilomètres environ au sud-est de Zarziss, est un petit château que les Arabes appellent Bordj-Biban. Formant de ce côté la limite de la Régence de Tunis , il s'élève sur un ilot rocheux situé entre deux langues de terre qui s'avancent l'une vers l'autre, et baigné par la mer à l'est et par un grand étang à l'ouest. Je désirais aller le visiter; mais M. Columbani m'ayant assuré que c'était un simple fort arabe très-délabré, entouré de quelques misérables cabanes , je renonçai à cette exploration et je résolus de me rembarquer le lendemain matin pour l'île de Djerba, dont il me restait un district intéressant à parcourir.

Page 1