‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 135 sur 268 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

cours et que fertilisent ses eaux. Nous laissons à notre gauche les collines de décombres sur lesquelles s'élevait l'antique Tacape; puis, dépassant la zaouïa Sidi-Bou-'l-Baba , et traversant successivement plusieurs ravins dans la direction de l'ouest-sud-ouest, nous arrivons à un plateau où l'on remarque un marabout consacré à Sidi-Ouriche. Autour de ce sanctuaire, le sol est couvert d'un grand nombre de tombes musulmanes. De là, nous descendons dans une vallée profondément ravinée en sens différents. Plusieurs sources y forment divers ruisseaux qui, au sortir de la vallée, coulent dans deux ravins principaux servant de lit à deux cours d'eau, dont l'un arrose les jardins de Cheimeni et de Menzel , et l'autre ceux de Djara : ils se réunissent ensuite dans un lit unique avant d'aller se jeter à la mer sous le nom d'Oued-Gabès. Le parcours entier de ce petit fleuve, regardé par quelques voyageurs comme le Triton de l'antiquité, est à peine de onze kilomètres, depuis sa source jusqu'à son embouchure. Ses deux bras fournissent leurs eaux à plusieurs canaux, subdivisés eux-mêmes en d'innombrables rigoles qui serpentent et se ramifient au milieu des plantations de l'oasis.

23 mars.

Je jette un dernier coup d'œil sur l'emplacement et sur les débris de Tacape, et je recueille d'utiles renseignements sur les contrées que je vais parcourir.

C'est aujourd'hui le* commencement du rhamadan ou carême des musulmans. Ce carême, qui dure un mois, est extrêmement sévère. Il consiste à ne prendre aucune nourriture et même aucune boisson jusqu'au moghreb, en d'autres tenues, jusqu^au coucher du soleil. Je me suis convaincu qu'il était observé en Tunisie avec beaucoup plus de fidélité que dans plusieurs autres contrées de l'empire ottoman. Mes hambas mêmes, d'ailleurs assez peu scrupuleux, et bien que

les fatigues du voyage qu'ils accomplissaient avec moi pussent les pousser à s'affranchir de cette règle, s'y sont constamment astreints avec une régularité qui ne s'est démentie que dans deux ou trois circonstances, quand ils succombaient sous le poids de la chaleur et sous les tortures de la soif, mille fois plus terribles et impérieuses que celles de la faim. Presque toujours en marche, quoiqu'il jeun pendant le jour, ils faisaient, en revanche, deux repas à partir du moghreb, le premier au coucher du soleil, et le second à minuit.

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