‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 141 sur 268 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

d'herbes marécageuses, qu'ils ne se donnent pas la peine d'enlever.

De Bazma, poursuivant notre marche vers le nord-ouest, nous arrivons à quatre heures à Kebilli.

C'était, il y a peu d'années encore, la ville la plus importante du Nefzaoua. Environnée d'un mur, elle est en outre défendue par un fossé rempli d'eau. Elle a beaucoup souffert, par suite de la guerre qu'elle a soutenue dernièrement contre les armes du bey de Tunis. En la parcourant, je remarque que la moitié des maisons sont détruites ou en partie renversées : plusieurs mosquées sont démolies; à chaque pas , on aperçoit la trace du feu , des boulets et des balles; tout, en un mot, atteste les dévastations qu'elle a subies. Obligés de céder au nombre, les habitants, après une résistance acharnée, avaient été contraints de fuir leur patrie ; mais ensuite. on leur permit, moyennant une forte rançon, de racheter leurs maisons et leurs jardins, qui avaient été concédés à d'autres.

Ces jardins, plantés de hauts palmiers qu'entremêlent diverses espèces d'arbres fruitiers, sont très-fertiles. Ils sont séparés les uns des autres par de petits murs en terre battue, hérissés de branches de palmier entrelacées. D'innombrables rigoles les arrosent.

Kebilli a dù succéder à une ville antique, car dans beaucoup de constructions des blocs et divers débris accusent évidemment une époque antérieure à celle de l'invasion arabe. Shaw et S. Gren ville Temple croient devoir l'identifier avec l'ancienne Vepillium signalée par Ptolémée. Le scheik nous offre l'hospitalité pour la nuit, dans sa maison, il nous raconte plusieurs des scènes de carnage qui ont suivi la prise de la ville, et regrette amèrement la prospérité passée de cette oasis.

37 mars.

A six heures trente minutes du matin, nous quittons Kebilli.

Au bout de quinze minutes de marche dans la direction du nord , nous arrivons à l'henchir El-Efqueria. Il est situé près d'une source appelée Ras-el-Aïn. C'était jadis un bourg dont il ne reste au-dessus du sol que quelques blocs, et, entre autres, deux tronçons de colonnes mutilées qui gisent à terre, en attendant qu'on les transporte à Kebilli.

Cet endroit est délicieux. Plusieurs bassins naturels creusés par les eaux et ombragés par de vieux palmiers qui s'élèvent par touffes gigantesques, renferment cinq sources différentes, dont l'eau, s'écoulant ensuite par plusieurs ravins, se dirige vers Kebilli , dont elle va fertiliser les jardins.

A une faible distance de là, sur une colline, quelques débris portent le nom de Kasr-Beiaz. Ce kasr est presque entièrement détruit, et les gros blocs avec lesquels il avait été bâti ont été en grande partie enlevés; il était de forme ronde.

A neuf heures , près d'une source appelée Aïn-Chariab , j'observe les traces d'un autre kasr, dont il ne subsiste plus également que des vestiges peu considérables.

A neuf heures trente minutes , nous traversons l'Oued-el- Melah, dont le lit est couvert d'une couche de sel cristallisé. Cet oued sépare Kebilli de Telmine et de Mansourah. Nous atteignons ce dernier bourg à dix heures. Il est situé sur une hauteur. Environné d'une enceinte murée, il est en outre protégé par un fossé rempli d'eau. Une seule porte donne entrée dans l'intérieur de la place, qui est percée de rues irrégulières; les maisons sont grossièrement construites.

Au bas du plateau de Mansourah serpente un oued divisé eu plusieurs bras et où coule une eau intarissable. Ses rives

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