CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
sont ombragées par de magnifiques palmiers. Il parait avoir été jadis canalisé et renfermé entre une double bordure de belles pierres de taille qui en dessinait tous les contours.
Au delà de cet oued , sur un plateau qui fait face à celui de Mansourab, s'élève un fort carré, de construction arabe. On l'appelle Rordj-el-Mansourali. C'est là que réside le kaïd du Nefeaoua. L'un de mes bambas va lui présenter mon amarbey. Nous sommes bientôt admis dans l'intérieur du bordj. Après quelques instants de repos, le kaïd me propose de me rendre avec lui à Telmine, ville voisine où une affaire l'appelle, et où je dois trouver moi-même, dit-il, deux inscriptions.
Un intervalle de deux kilomètres environ sépare Telmine de Mansourah. La route que nous suivons est charmante : elle traverse d'admirables jardins plantés de superbes palmiers; les uns dressent dans les airs, à une très-grande hauteur, leur tige unique et hardiment élancée; les autres, inoins élevés , croissent par touffes énormes de sept ou huit arbres à la fois, souvent même de dix ou de douze, qui, surgissant de la même souche, rayonnent autour d'une tige centrale en formant une sorte de corbeille gigantesque. D'autres arbres fruitiers, des légumes et une multitude de petits carrés ensemencés d'orge ou de blé y sont arrosés par de nombreuses rigoles qui dérivent de plusieurs canaux, alimentés eux-mêmes par un oued.
Telmine est précédée d'un grand étang qui ne tarit jamais.
Située sur un plateau , elle est enfermée dans une enceinte
murée, construite en partie, mais fort grossièrement, avec
des matériaux antiques. En parcourant l'intérieur de cette
petite ville, je remarque d'autres débris de l'époque romaine
encastrés dans des bâtisses modernes. Le fils du kaïd
me fait entrer lui-même dans deux maisons, qui me sont
ouvertes grâce à son entremise. Dans l'une, on me montre
un piédestal placé sens dessus dessous, et servant de soute.
fc44 VOYAGE EN TUNISIE.
tien à la voûte d'une petite chambre : j'y lis l'inscription suivante :
SEX COCCEIO VIBIANO PROCOS PROVINCIAE AF PATRONO M D D P P
(Estampage.)
Dans l'autre maison, un second piédestal engagé au milieu d'un mur m'offre les caractères que voici :
HADRIANO CONDITOR1 MVNICIPI D D P P
L'empereur Adrien est désigné ici comme le fondateur de ce municipe, dont le nom, malheureusement, n'est pas plus indiqué que dans la précédente inscription ; mais les distances et la dénomination même de Telmine peuvent autoriser à penser qu'il s'agit ici de la Turris Tamalleni, que l'Itinéraire d'Antonin place à LXXVIII milles à l'ouest de Tacape, intervalle qui correspond précisément à celui qui sépare Telmine de Gabès.
La ville contient dans son enceinte une source abondante. Plusieurs marches que l'on descend conduisent au petit bassin d'où elle sort; de là elle se répand dans un second plus considérable, et ensuite elle se ramifie en une foule de ruisseaux qui arrosent les plantations voisines.
De Telmine , je reviens avec le kaïd à Mansourah par une
» S. Grenville Temple, t. II, Appendice, n« 79.