‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 147 sur 268 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

habitants des oasis. Chaque propriétaire de jardin a une heure déterminée pendant laquelle il a le droit d'ouvrir les écluses qui permettent à l'eau de se répandre dans les nombreuses rigoles pratiquées au milieu de son terrain. Ce terrain, en effet, ici comme dans le Nefzaoua, est partagé en une foule de petits carrés que sépare les uns des autres une étroite et basse chaussée de terre, appelé tabia, autour de laquelle l'eau coule, puis pénètre par une ouverture dans chaque compartiment , qu'elle arrose et féconde. Sans cela , vu la rareté des pluies dans les oasis, toute végétation périrait bientôt au sein d'une contrée sablonneuse que dévorent sans fin les rayons d'un soleil brûlant.

30 mars.

À six heures trente minutes du matin, nous abandonnons Cédéda pour nous diriger vers Kriz, en longeant de frais jardins plantés de magnifiques dattiers et de divers arbres fruitiers. Je remarque que très-peu de palmiers sont ététés , dans le but d'en extraire du lagmi. Deux raisons me sont données comme explication de ce fait. D'abord, le palmier du Djerid est beaucoup trop productif en dattes pour qu'on l'expose à une mort plus ou moins certaine, en épuisant sa séve par l'amputation d'où résulte l'écoulement du lagmi ; ensuite , les habitants attendent le départ du bey du camp avant de pratiquer cette opération aux arbres qu'ils ont destinés à la subir. Autrement l'armée, lors de son passage, consommerait en quelques jours toute leur provision de vin de palmier. C'est effectivement un véritable vin, de couleur dorée, trèssucré au goût, et qui, en fermentant, devient une liqueur fort enivrante.

A sept heures, nous arrivons û Kriz, qu'on prononce plus ordinairement Griz, par l'adoucissement de la première lettre. C'est un village plus important que le précédent, bien qu'il renferme un grand nombre de maisons à moitié

détruites. Il est situé sur une colline. Je laisse mon bagage dans la maison du scheik , et il me conduit lui-même, à la distance d'un kilomètre du village, vers Test, dans un endroit appelé dans le pays Gnebbah, ou bien encore Takianous. Une troisième dénomination, celle de Taguious, est également usitée parmi les indigènes; elle rappelle de trèsprès le nom. antique, qui était très -probablement Tiges, Thiges ou Tices. Pline', parmi les villes libres de l'Afrique carthaginoise, signale l'oppidum Tigcnse. Dans la Table de Peutingcr, il est question de Thiges comme étant située entre Thusuros au sud et Spéculum au nord. Enfin, un episcopus Tîcensis est mentionné dans la Notice des sièges épiscopaux de la Bvzacène.

Je ferai néanmoins observer ici que la distance indiquée par la Table de Peutinger entre Thusuros et Thiges est plus grande de moitié que celle qui sépare en réalité Tozer, l'ancienne Thusuros, des ruines de Taguious; mais les chiffres marqués dans cette Table sont souvent erronés, et l'analogie des mots Taguious et Thiges, dont les lettres radicales sont les mêmes, me parait tellement frappante, qu'on a eu raison, à mon avis, de les confondre et d'identifier ensemble l'heucnir Taguious avec la ville antique de Thiges.

Quoi qu'il en soit, les ruines de Takianous ou Taguious sont éparses au milieu de beaux jardins plantés de superbes palmiers qu'entremêlent des oliviers, des figuiers, des amandiers et des grenadiers. Je remarque d'abord, le long d'un oued, de nombreuses pierres antiques de grande dimension. Cet oued est divisé en plusieurs bras, jadis bordés, comme le canal principal, de blocs bien équarris qui ont été en partie enlevés. Plusieurs petits ponts, jetés d'une rive à l'autre, ont été construits avec de belles dalles encore en place. Ce qui ensuite frappe le plus mon attention, ce sont deux magni-

i PUn., V, 4.

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