CHAPITRE VINGT-HUITIÈME
dans cette oasis à cause des nombreuses relations commerciales qu'elle entretient avec les régions méridionales de l'Algérie. Cet agent me fournit d'utiles renseignements sur le pays; puis, à ma demande, il me donne un chaouch pour me montrer la ville.
Tozer est le véritable chef-lieu du Djerid. C'est un assemblage de plusieurs villages dont voici les noms tels qu'on me les a indiqués :
1° Sahraoui.
2* Zebda.
3° Oulad-el-Hadef.
4° Zaouïet-el-Debabsa.
5° Oussoua.
6° Zaouïa-Sidi-Abid.
7° Ouetna.
8° Mesrhouna.
9° Cheurfa.
Ces villages constituent par leur agglomération les différents quartiers d'une même cité. Celle-ci est mieux construite que la plupart des villes de la Tunisie. Sans doute, là comme partout ailleurs dans cette contrée, beaucoup de maisons tombent en ruines. Dans quelques rues principalement, tous les sens sont péniblement affectés à la fois par le spectacle de la misère et de la saleté qui y régnent; mais, par contre, d'autres offrent un certain nombre d'habitations moins grossièrement bâties et moins délabrées que dans les trois quarts de la Régence. Les maisons sont presque toutes à un seul étage et en briques cuites ou seulement séchées au soleil. Ces briques, ici plus encore qu'à Degache, sont quelquefois agencées entre elles de manière à figurer extérieurement certains dessins ; ordinairement elles simulent de petits frontons audessus des portes.
Sur une grande place s'étend Dar-el-Bey, assez vaste
demeure en forme de caserne, qu'on est en train de nettoyer et de meubler, au moment où je la visite, à cause de l'arrivée prochaine du )>cy du camp.
Cinq ou six mosquées et plusieurs zaouïas sont bâties moitié en pierres et moitié en briques. Je remarque dans les soubassements et les assises inférieures de quelques-unes d'entre elles de j;ros blocs enlevés à des édifices antiques, ainsi que des tronçons «le colonnes, des fragments d'entablements, des parties de chapiteaux et même des débris de sculptures encastrés pêle-mêle au milieu de matériaux plus modernes.
31 mars.
L'armée qui, sous le commandement du bey du camp, c'est-à-dire de l'héritier présomptif de la couronne , visite chaque année le Djerid pour y recueillir l'impôt, doit faire ce matin, vers sept heures, son entrée dans Tozer. Tous ceux des habitants qui n'ont pas encore remis leurs trente-six piastres entre les mains du kaïd Si-Aly-Sacy se hâtent de les lui apporter, dans la crainte des châtiments qui les attendent. Dans la maison voisine de celle que j'habite, j'entends, à l'aube du jour, une discussion très-vive qui s'engage. Ce sont des chaouchs qui, au nom du kaïd, viennent contraindre un malheureux à acquitter sa cote personnelle qu'il prétend avoir déjà payée : ailleurs, les mêmes scènes se renouvellent.
Cependant des coups de fusil commencent à se faire entendre dans le lointain ; les détonations bientôt redoublent et deviennent peu à peu plus éclatantes. Cette fantazia annonce l'approche de l'armée; celle-ci arrive enfin, précédée par des milliers de chameaux et de mulets portant le baftafje. Les troupes régulières se massent à droite et il (jauchc de la grande place qui s'étend devant Dar-el-Bey, et les troupes irré([ulières, c'est-à-dire les différents {joums fournis par certaines tribus et notamment par celle des Drid , gagnent les