‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 153 sur 268 · CHAPITRE VINGT-HUITIÈME. 2<i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIÈME. 2<i

emplacements qui leur sont assignés. A l'arrière-garde parait, accompagné d'un nombreux état-major, Sidi-Hamouda, bcy du camp. Il est tout chamarré d'or et monte un superbe cheval : de bruyantes acclamations retentissent sur son passade; elles partent de tous les points de la place, mais principalement de toutes les terrasses des maisons environnantes qui sont encombrées d'une foule compacte d'hommes, de femmes et d'enfants. Les femmes poussent ce cri particulier y ou, y ou, qui leur est propre chez tous les peuples de race arabe, et qui de leur part, suivant les circonstances, exprime les sentiments les plus divers et les impressions de l'unie les plus opposées.

Sidi-Hamouda entre dans le palais qui lui a été préparé, et bientôt il se montre au balcon. Alors l'élite des cavaliers Drid exécute devant lui sur la place des charges brillantes. Ils s'élancent ensemble de toute la rapidité de leurs bouillants coursiers et s'arrêtent soudain à deux pas du palais en déchargeant leur coup de fusil. Les chevaux qu'ils montent sont richement enharnachés; derrière leur croupe pendent jusqu'à terre de belles housses en soie de diverses couleurs qui flottent au vent quand ces chevaux, rivalisant d'ardeur, se précipitent comme un trait vers le but qui leur est marqué. Eux-mêmes sont vêtus avec une noble et mâle élégance. Leurs armes brillantes étinccllent au soleil; ils les manient avec autant de dextérité que leurs chevaux, et, simulant un combat véritable , ils traversent plusieurs fois la place dans toute sa longueur, en dévorant l'espace, aux applaudissements répétés de la foule, qui peut à peine les suivre de l'œil et qui les encourage de la voix et du geste. Ils recommencent ainsi, à cinq reprises différentes, cette course effrénée; mais, au sixième tour, un des chevaux s'abat sous son cavalier, qui tombe et se blesse à la tête : on l'emporte tout couvert de sang, et cet accident met fin au melab.

Après avoir assisté à celte fantazia, je vais examiner avec

M. Duveyrier les mines de la ville antique, à laquelle a succédé la moderne Tozer. Les débris de cette cité ont en grande partie disparu pour être employés comme matériaux de construction dans les divers villages dont l'ensemble constitue le chef-lieu actuel du Djerid. Néanmoins on trouve encore dans un endroit appelé Helidet-el-Adher les vestiges d'un grand édifice orné jadis de plusieurs rangées de colonnes dont quelques fûts brisés gisent sur le sol. C'était probablement, dans le principe, un temple qui aura été transformé plus tard en basilique chrétienne et ensuite en mosquée musulmane. Au milieu de la vaste plate-forme dont ce monument occupait une partie s'élève une semah ou tour carrée bâtie en briques, dont la base est construite en belles pierres de taille; elle devait servir de minaret à la mosquée et précédemment, sans doute, de clocher à l'église chrétienne; car par les assises inférieures au moins, cette tour parait antérieure à l'invasion arabe.

Près de là est un puits antique, bati en pierres de taille et très-profond.

En descendant de cette plate-forme dans les magnifiques jardins qui l'avoisinent, on remarque presque à chaque pas de beaux blocs antiques, et notamment le long de l'oued qui arrose et fertilise l'oasis. Cet oued, connu sous le nom d'Oued- Berkouk (la rivière aux prunes), se subdivise, à partir d'un barrage antique, constniit avec des blocs d'un grand appareil, en trois branches principales, qui elles-mêmes se ramifient en une multitude de petits canaux. Ces branches et plusieurs de ces canaux étaient jadis bordés de belles pierres de taille ; on les traverse sur de petits ponts, les uns modernes, les autres antiques.

La Table de Peutinger signale à XXV milles au sud-ouest de Thiges la ville de Thusuros. En réalité, la distance qui sépare Tajaiious, où l'on s'accorde à placer Thiges, de Tozer, dont le nom est identique à celui de Thusuros, est à peine de

Page 1