CHAPITRE VINGT-HUITIÈME
XI milles romains. Mais où chercher ailleurs cette dernière ville? Le nom de la moderne Tozer, l'importance de cette oasis, les ruines et les nombreux matériaux antiques qu'elle renferme, tout cela ne prouve-t-il point que les villages dont l'agglomération constitue la ville actuelle ont succédé à l'ancienne Thusuros et qu'il doit, par conséquent, y avoir une erreur de chiffres dans la Table de Peutinger?
La même cité est mentionnée sous le nom de Tisurus (Tt<joupo<) dans Ptolémée.
Dans la Notice des sièges épiscopaux de la Byzacène, il est question d'un episcopus Tusuritanus.
A l'époque où vivait El-Bekri, Tozer avait une enceinte murée aujourd'hui détruite; car voici ce qu'on lit dans ce géographe arabe 1 .
« Le pays de Castiliya contient plusieurs villes, telles que Touzer, El-Hamma et Nefta. Touzer, qui en est la métropole, est une grande ville environnée d'une muraille de pierres et de briques. Elle possède un djamé solidement bâti et plusieurs bazars. Tout autour s'étendent de vastes faubourgs remplis d'une nombreuse population. — Cette place, qui est très-forte, continue El-Bekri, a quatre portes, un grand nombre de jardins, beaucoup de dattiers et d'autres arbres fruitiers; la canne à sucre et le bananier sont les seules plantes qui n'y viennent pas bien. Les dattiers forment autour de la ville un grand et sombre massif. Il n'y a point d'autre endroit en Ifrikiya qui produise autant de dattes : presque tous les jours il en sort mille chameaux , ou même davantage, chargés de ce fruit. Touzer est arrosée par trois ruisseaux qui prennent leur source dans une couche de sable fin et blanc comme de la farine. Cet endroit est nommé en leur langue Serech. Les ruisseaux dont nous venons de parler sont les branches d'une rivière formée par la réunion des
• Descript. de l'A/rit/ue septentrionale, p. 116 et 117.
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eaux qui sortent du sable et nommée Ouadi-'l-Djemal.... Chacun des trois ruisseaux se partage ensuite et forme six canaux d'où rayonnent une quantité innombrable de conduits construits en pierre d'une manière uniforme; aussi ont-ils tous la même dimension. »
Depuis le siècle où Kl-Bekri a écrit ce passage, Tozer n perdu de son importance. Ses murailles ont été démolies, et ce n'est plus maintenant, comme je l'ai dit, qu'un assemblage de plusieurs villages. Mais, toute déchue qu'elle est, elle n'en conserve pas moins l'un des premiers rangs parmi les villes de la Kégence. Ses jardins, grâce à l'oued intarissable qui les féconde, sont toujours d'une admirable fertilité. Assiégés de tous cotés par les sables, ils étalent sous ce ciel torride toutes les richesses de la plus splendidc végétation. On y compte, m'at-on dit, plus de deux cent cinquante mille pieds de palmiers, les plus beaux qu'on puisse voir. Sous la couronne éternellement verte qui surmonte leurs tiges élancées et d'où pendent a l'automne, en longs régimes, les dattes les plus savoureuses du Sahara, croissent un grand nombre d'autres arbres fruitiers, tels que des orangers, des citronniers, des grenadiers, des figuiers, des oliviers, des jujubiers et des abricotiers. Ces arbres mêlent ensemble leur feuillage, leurs fleurs et leurs fruits divers. A leurs pieds sont disposées en petits carrés soit des planches de légumes, soit des semailles de blé et d'orge. Une eau vivifiante circule chaque jour en mille sens dans ces vergers, et sa vertu, jointe à celle d'un soleil tropical, y entretient une fertilité que rien n'épuise.
La population totale de l'oasis se monte à dix mille âmes. Outre la culture du sol qui occupe beaucoup de bras et qui est la principale richesse du pays, la fabrication de tissus de laine justement renommés, tels que burnous, haïks, couvertures, etc., constitue pour ce chef-lieu du Djerid une brandie d'industrie assez importante, qui augmente les ressources de ses habitants.