‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 155 sur 268 · CHAPITRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIÈME

Laissant M. Duveyricr à Tozer, je me dirige avec mon escorte vers Nefta.

Partis à six heures trente minutes du matin, nous atteignons à sept heures Ras-el-Oued, ravin où l'oued qui alimente l'oasis de Tozer a Tune de ses sources. Ce ravin est planté de palmiers dont la cime dépasse à peine la hauteur des berges; il se rattache, après uvoir décrit plusieurs détours, à lu vallée oblongue qui constitue cette oasis.

Nous marchons vers l'ouest-sud-ouest a travers une plaine immense toute couverte d'un sable fin et profond. A notre gauche s'étend la sebkhu Faraoun ; à notre droite ondulent des monticules sablonneux. De temps à autre nous entendons siffler un petit oiseau qui sautille sur le sable; les Arabes l'appellent moka.

A dix heures trente minutes, nous commençons à apercevoir les palmiers de Nefta.

A onze heures quinze minutes, nous parvenons à l'un des principaux villages qui, par leur ensemble, composent cette oasis. Ces villages sont les suivants :

1* Oum-Mada.

2° Cheurfa.

3° Zaonïet-Sidi-Salem.

4° Beni-Aly.

5" Zaouïet-Gueddilah.

6* Oulud-Cherif.

7° Alkamah, qu'on prononce aussi Algmah.

8° Zebda.

9° Souk.

Ces villages, ou, si l'on veut, ces divers quartiers de la même ville, bordent, à droite et à gauche, les berges de l'oued

qui féconde cette ousis. Le plus important, appelé Souk, parce que c'est là que se tient le marché, est le mieux construit. Il renferme une grande maison appartenant au gouvernement et désignée à cause de cela Dar-el-Bey. Le khalife m'y offre l'hospitalité. Il fait ensuite avec moi le tour de l'oasis entière, et il m'accompagne successivement dans les différents villages que j'ai indiqués. Bntis sur des collines sablonneuses qui se touchent les unes les autres, ils renferment une population totale d'environ huit mille âmes ; la plupart des maisons sont construites en briques. Les habitants se livrent à la fois à la culture du sol et à la confection d'étoffes de laine qui ont un grand débit dans la Régence.

Même après les jardins de Tozer, ceux de Nefta méritent une mention toute particulière. Ils sont arrosés par un oued qu'alimentent deux sources principales; l'une s'appelle Rascl-Aïn-el-Guettar, l'autre Faouera. Cet oued serpente à travers une véritable forêt de palmiers mêlés d'orangers, de citronniers et de grenadiers. Ces arbres déjà en fleur embaument l'air de leurs parfums. Çà et là, des vignes capricieuses, aux ceps gigantesques, grimpent le long des dattiers, s'enroulent autour de leurs troncs ou courent en guirlandes d'un arbre à l'autre. D'innombrables petits compartiments ensemencés d'orge et de blé on plantés de légumes sont arrosés chaque jour par l'eau qui dérive de l'oued. Cette eau est tiède comme dans la plupart des oasis; je lui ai trouvé une température de 28 degrés centigrades.

Le soleil, près de s'éteindre, dorait déjà de ses feux mourants la verte cime des palmiers, que j'errais encore de jardin en jardin, savourant le charme de ces soirées enchantées dans cette sorte de paradis terrestre que les sables malheureusement envahissent de plus en plus et qu'ils engloutiraient même complètement, si l'homme ne luttait avec énergie pour repousser leurs vagues mobiles et progressives, de jour en jour plus menaçantes. Qu'on ne se figure pas, du reste, que

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