CHAPITRE VINGT-HUITIÈME. 2G
cet Éden, embelli par la nature, secondée du travail de l'homme, soit le séjour de la félicité et du bonheur. Non ; là, comme partout et plus qu'ailleurs peut-être, faute d'une administration éclairée et équitable, la misère et les dissensions habitent. Des impôts très-lourds pèsent sur le cultivateur du sol, et pendant les quelques heures que j'ai passées à Nefla, j'ai entendu bien des plaintes sortir de la bouche des indigènes.
S avril.
Avant de quitter cette oasis pour retourner à Tozer, je vais, à six heures du matin, visiter les ruines ou plutôt l'emplacement de l'ancienne ville à laquelle a succédé la moderne Nefta. Cette antique cité était située sur les bords de la sebkha. Elle est aujourd'hui entièrement ensevelie sous des monticules de sable, espèces de dunes dont l'étendue semble indiquer celle qu'elle avait elle-même. Après avoir traversé vers l'est de fertiles jardins, puis des plantations plus maigres et plus rares de dattiers à moitié submergés dans le sable, on parvient à une solitude triste et désolée, dépourvue de toute végétation. Là s'élève la kouhha d'un santon appelé Sidi- Hassan-Alad et qui a donné son nom à l'emplacement primitif de la ville. A en croire l'Arabe que j'avais pris pour guide dans cette excursion, ce serait ce santon qui, il y a trois cent cinquante ans environ, aurait engagé les habitants de l'oasis à transporter leurs pénates sur les collines qu'occupent les villages actuels, et ce serait depuis cette époque seulement que la ville ancienne aurait été complètement abandonnée et aurait peu à peu disparu , par suite de l'envahissement continu des sables.
Quel était le nom de cette antique cité? On croit généralement que c'était celui d'Aggar-Selnepte ou Aggarsel-Ncpte, mentionné dans la Table de Peutinger. A la vérité, la ville ainsi appelée est marquée dans la Table comme séparée de
Thusuros par une distance de XXX milles, distance beaucoup plus grande que celle qui s'étend entre Tozer et Nefta ; mais c'est très-probablement là une erreur, car le nom même de Nefta n'est-il point identique, avec un léger adoucissement, à la dernière partie du mot composé Aggarsel-Nepte?
A l'époque chrétienne cette ville avait un évéebé, comme le prouve la Notice des sièges épiscopaux de la Byzacène, où il est fait mention d'un episcopus Xeptitanus ou iXeptensis, et nous voyons que dès lors l'usage avait prévalu de retrancher le mot Aggarsel du nom composé Aggarsel-Nepte.
Nous traversons une seconde fois les jardins de l'oasis, et arrivés au nord de lu vallée qui les renferme, nous parvenons à un endroit appelé Zafi'ana-Kcdima , assez vaste enceinte sablonneuse entourée de dunes et qui m'est désignée comme l'emplacement d'un bourg antique. On m'affirme que dans cette enceinte les habitants de Nefta, en creusant le sol, ont souvent trouvé de gros blocs parfaitement équarris, et que dernièrement un violent coup de vent, en balayant le terrain, a mis à jour un ancien puits construit en belles pierres de taille, qu'un autre coup de vent a bientôt enseveli de nouveau.
A une heure de l'après-midi, nous sommes de retour à Tozer.
3 avril.
Je fais le matin mes adieux à M. Henri Duveyrier, qui abandonne Tozer pour regagner le Sahara tunisien; de mon coté, à quatre heures de l'après-midi, je me mets en marche pour l'oasis d'El-Hamma. Nous l'atteignons à cinq heures cinquante minutes. La route qui y conduit n'offre rien de remarquable; elle traverse, dans la direction du nord, une grande plaine très-sablonneuse. Nous passons la nuit au village de Leralat.