‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 169 sur 268 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

apparentes de sa splendeur première que maintenant, car voici comment s'exprime à ce sujet El-Bekri 1 .

« Cafca, dit cet écrivain arabe, est une ville bâtie en totalité sur des portiques de marbre dont on a bouché les arcades avec de fortes cloisons construites en moellons. On dit que les remparts furent élevés par Chentian , page de Nimrod , qui y fit graver son nom dans une inscription qu'on lit encore. — La muraille de Gafsa, ajoute- 1- il, est si bien conservée qu'elle semble avoir été faite d'hier. Dans l'intérieur de la ville, l'eau sort de terre par deux sources trèsabondantes, et forme autant de ruisseaux qui coulent avec bruit et vont arroser les jardins et les champs ensemencés qui se trouvent aux environs de la place. Le djamé même renferme dans son enceinte une grande source dont le bassin, construit en pierre par les anciens, a quarante coudées de longueur et autant de largeur. »

Les murailles dont parle El-Bekri et auxquelles il attribue une origine si reculée, pour ne pas dire fabuleuse, sont en grande partie détruites, et la ville est actuellement ouverte de tous côtés. On n'y admire plus les vestiges des superbes portiques de marbre dont il est question dans ce passage. Quant au grand bassin antique de la mosquée principale, je n'ai pu, à cause de mon titre de chrétien, le visiter en pénétrant dans cette enceinte sacrée. Peut-être aussi y a-t-il ici une erreur commise par El-Bekri, et s'agit-il seulement de la source qui alimente les bassins voisins de Dar-el-Bey et dont j'ai parlé plus haut.

La population actuelle de Gafsa ne dépasse guère trois mille musulmans, auxquels il faut joindre huit cents juifs environ qui occupent un hara ou quartier particulier.

On fabrique dans cette ville de beaux burnous et des couvertures de laine estimées.

» El-Bekri, p. 113 et 114.

Les jardins qui l'entourent forment autour d'elle une charmante oasis d'une fertilité extrême. Ils m'ont paru plus attrayants encore que ceux de Gabès, de Tozer et de Nefta, parce que les sources qui les arrosent sont tellement abondantes que les nombreux ruisseaux qui en découlent, au lieu de promener successivement comme ailleurs, à travers les différentes parties de l'oasis, leurs eaux intermittentes, y serpentent et y murmurent sans cesse partout en même temps. Grâce à cette irrigation continue, les palmiers et les autres arbres fruitiers qui croissent dans les vergers de Gafsa y atteignent des proportions colossales.

8 avril.

Je vais visiter une caverne célèbre qui se trouve à vingt minutes de distance au nord de la ville : elle porte le nom de Hhar-cl-Gellaba. Ce n'est autre chose qu'une ancienne carrière où l'on a puisé la plupart des matériaux qui ont servi à construire l'antique Capsa. Elle consiste en une vaste galerie souterraine qui s'enfonce à une grande profondeur dans le J)jebel-As-Salah. Il est très-difficile de la parcourir, à cause des monceaux d'éclats de pierre et aussi des blocs gigantesques détachés de la montagne, les uns déjà équarris, les autres encore bruts, qui obstruent à chaque instant les pas du visiteur. Les guides qui m'accompagnent, armés de torches, me racontent diverses anecdotes au sujet de ce souterrain. A les en croire, on pourrait marcher une journée entière avant d'atteindre l'extrémité de ces mystérieuses profondeurs : elles serviraient de retraite à des fantômes et à des génies, gardiens invisibles de trésors secrets; en un mot, leur vive imagination les peuple de mille chimères qu'enfante leur esprit crédule.

Après avoir erré quelque temps dans ce labyrinthe tortueux, je reviens à Gafsa, en passant par le village de Sidi- Mansour, situé au delà de l'oued Deïache et environne d'un

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