CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME
Feriana. — Meclinet - ri - Kwlima , ja«li« peut-être Thelcpte. — El-Ki».
— Djebel-Kt-riana.
Feriana renferme six cents habitants, divisés en deux quartiers ou hameaux distincts, lesquels par leur réunion composent la zaouïa ainsi appelée. Ce village, ou, si Ton veut, cette zaouïa forme comme une sorte d'oasis au milieu d'une plaine déserte et inculte, dans laquelle campent ça et là des douars appartenant à la tribu des Oulad-Sidi-Abid.
Les jardins de Feriana sont plantés de palmiers, de figuiers, de grenadiers et d'orangers. Quelques champs de blé et d'orge lesavoisincnt; mais cette année, faute de pluies, les semences ont presque complètement avorté.
Le scheik nous offre l'hospitalité dans une maison particulière.
A six heures du matin , je pars avec Malaspina et deux guides, pour aller étudier dans le voisinage les ruines immenses qui sont situées au nord et au nord-ouest de Feriana.
Nous longeons d'abord l'oued Bou-IIaya ; puis, franchissant son lit dont les eaux qui ne tarissent jamais fertilisent les jardins de Feriana, nous arrivons, vers six heures vingt minutes, à de vastes carrières creusées dans une montagne nommée Makta-el-Bethouma. Elles annoncent par elles seules que la ville, bâtie avec les matériaux qui en ont été tirés, était très-considérable. Des flancs tout entiers de la montagne ont été coupés verticalement par la main de l'homme; ailleurs, de profondes excavations ont été pratiquées horizontalement; partout gisent encore sur le sol d'énormes blocs détachés.
Le sommet de celte montagne, haute d'environ cent mètres au-dessus de lu plaine, a été fortifié. On y remarque une enceinte aujourd'hui abandonnée qui continue toujours à être appelée par les indigènes El-Kaluh (la citadelle).
A six heures trente-cinq minutes, nous atteignons une première {fraude ruine que» mes guides me désignent sous le nom d'El-lIammum (le bain). Elle consiste en une construction (jiyantesque bâtie presque entièrement en briques. On y admire une belle salle centrale ornée jadis de six statues dont les niches cintrées existent encore, trois de chaque côté de la salle. D'autres salles latérales, assez bien conservées, accompagnent celle-ci , et derrière elle on en compte un certain nombre d'autres, ù moitié démolies, dont les voûtes sont tombées et couvrent le sol de leurs débris. Des fouilles faites dans l'une de ces salles prouvent qu'elles étaient pavées en mosaïque. Intérieurement, les parois des murs épais qui les séparent étaient revêtues d'un enduit imitant le stuc, enduit qui a été enlevé presque partout, mais dont on retrouve encore ça et la des traces.
La destination primitive de ce vaste édifice semble avoir été conforme si celle que le nom actuel qu'il porte lui assigne. Il descendait en pente douce jusqu'à l'oued Bou-Haya dont les eaux l'alimentaient, et qui était jadis bordé d'un quai du côté de la ville. Le lit de cet oued est rempli de touffes {gigantesques de lauriers-roses : une eau permanente y coule d'une source peu éloignée appelée Ras-cl-Âïn.
A cent cinquante pas environ au nord d'El-Haminain s'élève une colline que couronnent des constructions trèspuissantes; elle est connue sous le nom de Koudiet-es-Safra (la colline jaune) , à cause de la couleur que le sol y affecte en certains endroits. Il m'est difficile de déterminer avec exactitude la nature et la destination des édifices qu'on y avait bâtis et qui sont maintenant renversés, à l'exception de quelques assises inférieures encore debout. Ils étaient con-