‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 176 sur 268 · CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME

struits avec de magnifiques pierres de taille reposant sans ciment les unes sur les autres.

Près de cette colline, en se dirigeant vers l'oued, on reconnaît les vestiges d'un théâtre. La forme demi-circulaire en est indiquée par des amas de gros blocs entassés confusément qui en dessinent les contours. Quelques gradins subsistent encore.

En continuant à s'avancer vers le nord et après avoir traversé l'emplacement et les débris de plusieurs édifices, on parvient à une grande enceinte, longue de quatre cent vingt pas et large de cent quatre-vingts. Elle était environnée d'un mur très-épais, construit avec des blocs d'un appareil colossal. Ce mur, démoli aux trois quarts, était défendu aux quatre angles par autant de tours, comme le prouvent, sur ces quatre points, des monceaux plus considérables d'énormes pierres de taille renversées pêle-mêle les unes sur les autres. En pénétrant dans l'enceinte qu'il détermine , on heurte à chaque pas des blocs du même appareil; ci» et là aussi on rencontre des fûts de colonnes mutilées et des fragments d'entablemenf. Dans la partie septentrionale surtout, ces frits de colonnes, sont assez nombreux, et tout porte à croire que là s'élevait un temple ou un palais. Cette ruine particulière m'est désignée par mes guides sous la dénomination d'IIenchir-el-Khima. Quant à l'enceinte tout entière, ils l'appellent Kasbah-m'ta-Ras-el-Aïn ; effectivement, elle formait dans la ville une véritable forteresse renfermant plusieurs édifices. Son rapprochement de l'une des sources de l'oued Bou-Haya l'a fait pour cela surnommer par les Arabes Forteresse de la UUe de la source.

Je parcours ensuite pendant plus de trois heures consécutives l'ensemble des ruines de la ville proprement dite. Nonseulement les monuments publics, mais encore les maisons particulières, avaient été bâtis avec des matériaux de grande dimension. On croirait errer au milieu d'un immense chantier de pierres de taille, les unes' entassées dans un désordre

affreux, les autres éparscs, beaucoup enfin ayant conservé leur place primitive et délimitant une foule d'enceintes plus ou moins étendues. Plusieurs rues sont parfaitement reconnaissables. Je ne dois point oublier de signaler les débris d'une construction carrée qui semble avoir été une fontaine, et aux quatre angles de laquelle s'élève encore une colonne qui servait à la fois d'ornement à cet édifice et de soutien à la voûte depuis longtemps écroulée. Ces quatre colonnes couronnées de leur cbapiteau et d'une partie de leur entablement, sont d'un seul fût en pierre ; mutilées par les hommes, elles sont également très-rongées par le temps. Les Arabes appellent les restes de ce monument Hencbir-el-Akbrouat (henchirdes frères), sans doute parce que ces quatre colonnes sont autant de piliers fraternels s'imissant jadis ensemble dans le même but, celui de soutenir une coupole qui n'existe plus.

La nécropole a été bouleversée de fond en comble. Toutes les tombes ont été violées, et je n'ai plus trouvé dans cet antique cimetière que des fragments de snrcopbages brisés ou de pierres tumulaires rompues et sans inscriptions.

J'estime à cinq kilomètres au moins le pourtour des ruines de cette cité. Les Arabes, qui n'en connaissent pas l'ancien nom, se contentent de la désigner sous celui de Médinet-el- Kedima (la vieille ville). En l'explorant avec soin, je n'y ai découvert que le petit fragment d'inscription qui suit; il est gravé sur un bloc mutilé, vers l'extrémité nord-ouest de ce vaste benebir.

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