‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 177 sur 268 · CHAPITRE TRENTE ET UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE ET UNIEME

Mes guides m'avaient d'abord affirmé qu'il y avait beaucoup de pierres revêtues d'inscriptions parmi les débris de cette ville, et j'avais espéré y faire une ample moisson épigraphique ; mais lorsque ensuite, après des recherches inutiles, je leur demandai de me montrer ces prétendues inscriptions, « Vous les avez vues, » me répondirent-ils, et pour m'en convaincre, ils me ramenèrent devant plusieurs chapiteaux gisants à terre, ainsi que devant cinq ou six morceaux de corniche élégamment sculptés, dont les moulures leur paraissaient être autant de caractères ayant une signification particulière. Cette méprise, dans laquelle j'ai vu en maintes circonstances beaucoup d'Arabes tomber, ne doit point étonner de leur part, car l'écriture cou fi que monumentale affecte quelquefois la forme de sculptures qu'un Européen pourrait prendre , au premier abord , pour de simples moulures, et non pour des lettres véritables. Il n'est donc pas surprenant que, de leur côté, ils confondent avec des caractères dont ils ignorent la tonne et la valeur, des moulures entièrement dépourvues de sens.

De Médinet-el-Kedima tournant nos pas vers l'est, nous franchissons , l'espace d'un kilomètre environ , une petite chaine de collines des flancs desquelles on a autrefois tiré des pierres de taille et même, en certains endroits, des blocs de marbre. Un canal antique, tantôt apparent, tantôt caché sous le sol , et éclairé alors , de distance en distance, par des regards, continue ù conduire dans la vallée d'El-Kis, que nous atteignons bientôt, les eaux d'une source abondante qui coule dans un endroit appelé Guelaaben-Fetima.

La première chose qui frappe l'attention dans cette vallée, c'est un bassin carré mesurant trois mètres trente centimètres sur chaque face et construit avec de magnifiques pierres de taille. Ce bassin sert de réservoir à l'eau qu'amène l'aqueduc dont j'ai parlé ; de là elle se répand dans le lit

d'un oued appelé Oued-el-Kis, lequel arrose les jardins qui environnent un village du même nom.

A côté de ce petit bassin carré en est un second, de forme circulaire, beaucoup plus considérable, puisqu'il mesure cinquante-sept pas de diamètre. Il est depuis longtemps comblé; mais Jes rebords extérieurs en sont encore visibles, et prouvent qu'il avait été de même construit avec des pierres du plus bel appareil.

Le village et lus jardins d'El-Kis sont remplis de débris antiques , parmi lesquels je remarque plusieurs frits de colonnes, et sur l'un de ces futs une croix grecque assez bien conservée semble indiquer qu'à l'époque byzantine une église chrétienne s'élevait en ce lieu. D'El-Kis nous revenons à Feriana en traversant un dernier benebir qui m'est désigné sous la dénomination bizarre de Dar-el-Quethath ( la maison des chats). Ce sont quelques ruines disséminées dans un champ et sur deux monticules qui l'avoisinent.

Quel était jadis le nom de ce village détruit? Je l'ignore. Comment s'appelait aussi El-Kis, qui semble avoir été un bourg d'une certaine importance? Je l'ignore de même. Peut-être était-ce un faubourg de Médinet-el-Kedima. Quant à cette dernière ville, Shaw, S. Crenville Temple et Pellissier pensent, et je crois avec raison, que c'est l'ancienne Thelepte. Dans la Table de Peutinger, elle est marquée par erreur sous le nom de Theleote, qui est évidemment pour Thelepte, et indiquée comme colonie. L'Itinéraire d'Antonin écrit Telepte. A l'époque chrétienne, elle avait un évéché, car lu Notice des églises épiscopales de la Byzaccne signale un episcopus Telcptensis.

Shaw suppose également que -Thelepte peut être identifiée avec la fameuse Thala dont il est question dans la guerre de Juguj'tha, et que ces deux villes n'en font qu'une seule sous deux noms différents. Je reviendrai plus tard sur cette conjecture. Enfin, frappé de la ressemblance assez grande de

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