CHAPITRE TROISIÈME
Il était encore assez bien conservé à l'époque où Abou- Obaïd-el-Bekri écrivait, c'est-à-dire l'an 1082 de Jésus- Christ.
« Le monument le plus curieux de Carthage, dit-il 1 , c'est la maison de divertissement, que l'on nomme aussi Thiater (théâtre). Elle se compose d'un cercle d'arcades soutenues par des colonnes et surmontées par d'autres arcades semblables à celles du premier rang. Sur les murs de cet édifice , on voit les images de tous les animaux et des gens qui s'adonnent aux métiers. On y distingue des figures qui représentent les vents; celui de l'orient a l'air souriant ; celui de l'occident un visage refrogné. »
Il est évident, comme le remarque avec raison M. Dureau de la Malle 2 , que ce monument, bien que désigné par El- Bekri sous le nom de théâtre, est réellement l'amphithéâtre de Cartilage.
La même confusion de nom a été commise par Edrisi. « Encore aujourd'hui , dit ce géographe arabe 8 , qui composa son ouvrage l'an 548 de l'hégire (1154 de J. C), on voit sur l'emplacement de Carthage de remarquables vestiges de constructions romaines, et, par exemple, le théâtre, qui n'a pas son pareil dans l'univers. Cet édifice est de forme circulaire et se compose d'environ cinquante arcades subsistantes.... Au-dessus de chacune d'elles s'élèvent cinq rangs d'arcades , les unes au-dessus des autres , de même forme et de même dimension, construites en pierres d'une incomparable beauté. Au sommet de chaque arcade est un cintre circulaire où se voient diverses figures et représentations curieuses d'hommes , d'animaux et de navires , sculptés avec
1 Description de l'Afrique septentrionale, par El-Bekri, traduction de M. de Slane, p. 105.
a Recherches sur ta topographie de Carthage , p. 189.
3 Géographie d' Edrisi, traduite par M. Amcdcc Jaubert, Nouveau Journal asiatique, t. I« r , p. 375.
un art infini. En général, on peut dire que les autres et les plus beaux édifices en ce genre ne sont rien en comparaison de celui-ci. Il était anciennement destiné, à ce qu'on assure, aux jeux et aux spectacles publics. »
Ibn-Alouardi , écrivain du quatorzième siècle de notre ère, et Ibn-Ayas, qui vivait au commencement du seizième siècle, attestent tous deux, dans un passage cité par M. Dureau de la Malle 1 , que de leur temps cet édifice était assez bien conservé.
Actuellement, comme je l'ai dit, la forme en est seule reconnaissable, et les arcades, démolies avec les gradins qu'elles supportaient, ont été emportées pièce à pièce.
A cinq cents mètres environ au sud-est des ruines de l'amphithéâtre, on distingue remplacement et l'enceinte d'un vaste cirque. Il est marqué dans le plan de Falbe au n° G 4.
a Ce cirque, dit-il*, a environ seize cents pieds de long et trois cent trente de largeur au milieu. La partie de l'épine (spina) qui existe encore a environ mille pieds. A l'extrémité orientale, tout près du chemin qui conduit de Malga à Douar-ech-Chot, on peut aisément reconnaître, entre deux fondements de murs, une ouverture qui a dû être l'une des entrées du cirque. Dans l'alignement de la spina et de l'autre côté du chemin, se trouve la ruine n° 73, dont la forme et l'élévation portent à présumer qu'elle était destinée à dominer le cirque tout entier, dont la forme ressemble à l'intérieur d'une carène. »
J'incline à penser, avec M. Dureau de la Malle*, que les débris représentés sur le plan de Falbe au n° 73 sont les ruines des carecres et de l'édifice d'où le proconsul donnait le signal des courses.
1 Recherches sur la topographie de Carthage, p. 190.
2 Recherches sur l'emplacement de Carthage, p. 40.
3 Recherches sur la topographie de Carthage, p. 198.