‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 23 sur 268 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Ce cirque dut être souvent le théâtre de luttes passionnées; car nous savons par saint Augustin 1 que les Carthaginois aimaient avec fureur cette sorte d'amusement.

Procope a nous apprend que cette enceinte servit de rendez-vous aux soldats qui se soulevèrent contre Salomon , leur général , lequel avait succédé à Bélisaire dans le commandement de l'Afrique.

Le petit village de Douar-ech-Chot, ainsi nommé parce qu'il est a une faible distance du rivage, avoisine au sud ce cirque.

Quant h celui de Malga, dont j'ai déjà parlé, il s'élève au nord de l'amphithéâtre sur une colline formée en grande partie de décombres amoncelés. Les habitants de ce village logent leurs troupeaux dans d'immenses citernes extrêmement délabrées, où aboutissait jadis, comme à un vaste château d'eau, le fameux aqueduc de Carthagc.

« Parmi les curiosités de Carthagc, dit Edrisi 3 , sont les citernes dont le nombre s'élève à vingt-quatre, sur une seule ligne. La longueur de chacune d'elles est de cent trente pas et sa largeur de vingt-six. Elles sont surmontées de coupoles, et dans les intervalles qui les séparent les unes des autres sont des ouvertures et des conduits pratiqués pour le passage des eaux. Le tout est disposé géométriquement avec beaucoup d'art. Les eaux venaient à ces citernes d'un lieu nommé la fontaine de Choukar, situé dans le voisinage de Kaïrouan. »

Ce système de piscines constituait un rectangle assez régulier, dont il est difficile actuellement de déterminer les véritables dimensions , à cause de la chute des voûtes et de la destruction complète ou de l'enfouissement de plusieurs de ces citernes. On n'en compte plus, ou, du moins, on

1 Confeu.y liv. VI, ebap. vu.

> Bell, vand., II, 14, 18.

9 Souv. Journ. asiat., t. I e *, p. 375.

n'en aperçoit plus maintenant que quatorze, dont treize parallèles les unes aux autres et une quatorzième courant dans une direction transversale aux précédentes. La largeur assignée par Edrisi a chacune de ces # citernes est trop grande du double; quant à leur longueur primitive, autant qu'on en peut juger dans leur état actuel, elle parait avoir été déterminée avec assez d'exactitude par l'écrivain arabe.

Une question se présente naturellement ici. Ces citernes sont-elles d'origine romaine ou remontent-elles jusqu'aux Carthaginois?

M. Dureau de la Malle' adopte et s'efforce par plusieurs raisons d'appuyer cette dernière opinion ; il invoque également le témoignage du P. Caroni et de Leake. En un mot, il pense que ces citernes sont fort antérieures à l'aqueduc auquel elles servirent plus tard de réservoirs, mais pour lequel elles n'avaient point été primitivement construites. Autrement, s'il y avait une sorte de rapport nécessaire entre elles et cet aqueduc, comme tout porte à croire que ce dernier ouvrage est de l'époque d'Adrien , il faudrait en induire qu'elles-mêmes doivent être attribuées à cet empereur. « Utique, dit-il, colonie tyrienne fondée avant Carthage, offre aussi de vastes citernes et un aqueduc fort large. Or, ces deux constructions hydrauliques ne peuvent, à coup sùr, être de la même époque , car l'établissement de la dernière rend l'autre inutile. Rome, qui eut de si bonne heure des aqueducs remarquables , ne nous offre aucun vestige de grandes citernes publiques. Jérusalem, Tyr et Carthage employaient ce procédé pour abreuver leurs habitants, et ce n'est que plus tard qu'ils ont adopté la méthode grecque et romaine pour se procurer cet élément indispensable aux besoins de la vie. »

» Recherches sur la topographù- de Carthayc, p. 79 et mut.

Page 1