CHAPITRE TROISIÈME
Des citernes aux murailles de Carthage, il n'y avait pas vingt mètres de distance, et la tour, en écartant l'ennemi, assurait les communications. »
Dirigeons- nous maintenant vers l'antique Byrsa, dont nous ne sommes plus séparés que par un intervalle de sept cents mètres environ.
Cette acropole célèbre, dont le nom, dans les langues sémitiques, signifie forteresse, fut, comme on le sait, le premier berceau et resta toujours la citadelle de Carthage , tant que cette ville subsista. Elle dut même, dans le principe, former à elle seule toute la cité, cité qui fut fondée, l'an 814 avant Jésus-Christ, par une colonie phénicienne.
Je n'ignore pas, à la vérité, que quelques critiques ont contesté à cette colline la gloire d'avoir été l'acropole de Carthage, et qu'ils prétendent identifier Byrsa soit avec le Djebel- Khaouï, l'ancienne nécropole de la ville, soit avec la colline de Bordj-Djedid ; mais comme leurs assertions ont déjà été réfutées plusieurs fois par divers écrivains , et , entre autres, par Chateaubriand, par Falbe, pur M. Dureau de la Malle et, en dernier lieu, par M. Beulé, qui, au moyen des fouilles qu'il a exécutées, a produit pour l'éclaircissement de cette discussion des preuves plus convaincantes encore que celles qui avaient été fournies jusque-là, je crois qu'il est tout à fait inutile de chercher de nouveau à démontrer un point qui me semble désormais incontestable. J'admets donc comme un fait établi et qui n'a plus besoin d'être prouvé, l'identité de la colline actuelle de Suint-Louis avec cette fameuse Byrsa , à la fois chantée par la poésie et célébrée par l'histoire, qui fut le premier siège et le dernier boulevard de la domination carthaginoise.
La forme de cette colline est à peu près rectangulaire; elle domine la mer d'environ soixante-trois mètres. Ses flancs sont assez roides et escarpés, principalement de deux côtés : est et sud. Elle se dresse ainsi comme une acropole natu-
relie, que l'homme n'a plus eu qu'à fortifier pour la rendre imprenable.
M. Barth 1 frappé de la régularité même du plateau élevé qui la couronne, a pensé qu'elle était en partie artificielle et qu'elle avait été élevée par les Phéniciens à l'aide de terres rapportées, provenant des excavations gigantesques qu'ils avaient entreprises pour creuser les bassins de leurs deux ports. M. Beulé, par les divers sondages qu'il a exécutés, a réfuté cette hypothèse. Ce savant, en effet, a trouvé partout le rocher sur ce plateau à une faible profondeur qui varie de deux mètres trente-cinq centimètres à trois mètres quarante centimètres. Ce rocher consiste en un grès argileux de couleur jaunâtre ; et comme il faut tenir compte du remblai considérable produit par les débris accumulés de nombreux monuments anéantis, on peut dire que ce noyau argileux était primitivement presque à fleur de terre et que, par conséquent, la conjecture de M. Barth est démentie par la réalité.
« L'idée contraire, dit M. Beulé 9 , serait même beaucoup plus fondée, et l'on devrait supposer que les Carthaginois, loin de construire, à force de terrassements, une acropole artificielle, ont réduit une colline naturelle en la nivelant. Ainsi les Athéniens avaient fait niveler par les Pélasges le rocher, bien autrement dur, de leur acropole. »
Une fois parvenu sur ce plateau , dont le pourtour, en suivant les crêtes, est d'environ quatorze cents mètres, tandis que le périmètre de la colline, à la base, est de deux mille six cents mètres , ce qui équivaut aux deux mille pas que lui donnent les anciens, on ne distingue plus sur le sol que de faibles vestiges des divers édifices qui le couvraient. M. Beulé a indiqué et décrit tous ceux qu'une attentive et perspicace exploration du terrain lui a fait connaître. Je renvoie donc le lecteur à son ouvrage et aux planches qui l'accompagnent.
» Wanderungcn durch die Kûstenlandcr des Mittelmeers , p. 93. a Fouilles à Carthage, p. 6.