CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME
A une heure dix minutes, un autre lienchir m'est désigné sous le nom singulier de Hahs-el-Kelab (la prison des chiens).
A une heure trente-cinq minutes, nous faisons halte au milieu d'un hemthir beaucoup plus important.
Il est situé près de la source d'un oued , appelée Ain-Tarfech-Chena, qui lui a communiqué son nom. Cet oued traversait la petite ville antique qui s'élevait sur ses rives; ses berces étaient soutenues par un quai en pierres de taille.
Les ruines principales se trouvent sur la rive gauche du torrent. Là, en effet, on remarque, sur un plateau, les restes d'une vaste enceinte mesurant plusieurs centaines de pas de tour, et construite à une époque postérieure, avec de gros blocs rectangulaires enlevés à des monuments plus anciens.
Deux portes à arcade remontent à la ville primitive.
Dans l'intérieur de cette enceinte les vestiges de plusieurs édifices, entièrement renversés, sont épars confusément sur le sol ; quelques fûts de colonnes et cinq ou six chapiteaux mutilés paraissent avoir appartenu à une basilique chrétienne, et peut-être, antérieurement, à un temple païen.
En dehors de l'enceinte que je viens de signaler, d'autres constructions démolies jonchent de leurs débris une belle colline actuellement livrée à la culture.
Quel était le nom antique de cette localité peu connue? c'est ce que ne m'a appris aucune inscription trouvée sur place. La seule qui ait frappé mes regards est un fragment de quelques mots, gravé sur une magnifique plaque de marbre brisée; le voici :
EIVSARAMOMNIBVSO
A trois heures trente minutes, nous nous dirigeons vers l'henchir Bou-Aruda, situé à une heure de marche environ
au nord-ouest de l'hcMcnir précédent. Il consiste uniquement en un monument carré ayant six mètres sur chaque face et qui parait avoir été un mausolée romain. Il avait deux étapes. A l'étage inférieur est une chambre obscure dans laquelle on pénètre par une porte très-basse. Voûtée intérieurement, elle est recouverte avec de larges et longues dalles qui constituent le sol du second étage, auquel on monte par un escalier fort étroit, ménagé dans l'épaisseur du mur de l'étage inférieur. La partie supérieure du monument est aux trois quarts détruite. De l'inscription qui y avait été gravée il ne subsiste plus que le fragment qui suit, sur un bloc, à l'angle droit, au-dessus du premier étage :
ICATVM ENTIET
OLVNTA L • MARI
Le nom de l'Iiencnir Bou-Arada rappelle celui de l'un des sièges épiscopaux de la province Proconsulaire, qui comptait parmi ses éveques un episcnpus Araditanus. Néanmoins, autour de ce mausolée, on ne distingue pas de ruines assez étendues pour être celles d'une ville; et si l'oppidum Araditanum s'élevait dans les environs, c'est peut-être à l'Aïn- Tarf-ech-Chcna qu'il faut en reconnaître les débris.
A six heures, nous rencontrons un douar de la tribu des Oulad-Arfa, où nous passons la nuit.