CHAPITRE TROISIÈME
pensait avec raison que des murs épais de dix mètres, hauts de quinze, construits en blocs massifs et par assises, n'avaient pas dû élre détruits complètement par les soldats romains , et qu'il y avait chance d'en retrouver encore des vestiges considérables en ouvrant dans le sol, avec discernement et à certains endroits indiqués par la nature même du terrain , des tranchées plus ou moins profondes.
Sans entrer ici dans le détail des divers travaux que M. Beulé fit exécuter pour parvenir à son but, je me bornerai à dire qu'il rencontra d'abord, sous les premières couches du sol, les fortifications qui avaient été construites à l'approche des Vandales, sous Théodosc II, l'an 424.
« Elles étaient, pour me servir des propres expressions de l'auteur 1 , renversées par pans énormes, couchées à terre
dans toute leur longueur L'appareil, ajoute-t-il un peu
plus bas, en est fort singulier : quoique bâties avec du tuf, elles imitent la construction en briques. »
Après avoir traversé une épaisseur prodigieuse de débris divers ensevelis dans une poussière jaunâtre qui n'était autre chose que du tuf broyé, M. Beulé parvint enfin aux restes des constructions phéniciennes, et, continuant à pousser plus avant ses fouilles, il atteignit, cinq mètres plus bas, le sol de grès argileux, et avec lui lu base des fortifications. Pour reconnaître le plan de ces fortifications, il fallait, à droite et à gauche, déblayer le terrain dans un espace assez considérable et sur différents points; c'est ce que ne manqua pas de foire M. Beulé, et les résultats qu'il obtint lui permirent de se rendre un compte exact de lu disposition des ruines puniques.
« Qu'on se figure, dit-il, un mur épais de dix mètres dix centimètres , entièrement construit en grosses pierres de tuf. Cette épaisseur n'est point massive; elle contient des parties
• Fouilles à Curthage, p. 50.
pleines et des parties vides qui se succèdent. Si Ton se place en dehors de Byrsa, on a d'abord devant soi le mur qui faisait face à l'ennemi; il a deux mètres d'épaisseur. Derrière règne un corridor large de un mètre quatre-vingt-dix centimètres, qui passe devant une série de chambres demi-circulaires séparées du corridor par un mur épais d'un mètre. De sorte que , à proprement parler, le rempart qui s'offrait aux coups de l'ennemi était un massif de quatre mètres quatrevingt-dix centimètres, dans lequel on avait évidé, à des hauteurs réglées, un passage couvert qui servait aux communications. Il restait donc une profondeur de six mètres vingt centimètres pour les salles en forme de fer à cheval. Elles étaient adossées à la colline de Byrsa, et leur cintre, appuyé et déguisé par un mur droit épais d'un mètre, regardait l'intérieur de la citadelle. Ce mètre déduit, les salles avaient quatre mètres vingt centimètres de profondeur, parce qu'il faut compter encore un mètre pour le mur du fond. Leur largeur était de trois mètres trente centimètres. Séparées les unes des autres par des murs transversaux d'un mètre dix centimètres, elles formaient une série continue.... Si la muraille avait trois étages, ainsi que nous l'apprennent les anciens, la même disposition devait se répéter aux deux étages supérieurs »
En même temps qu'il retrouvait des vestiges très-remarquables des murs de Byrsa , et sur ces murs la trace visible de plusieurs époques très-distinctes dans l'histoire de la construction primitive et des réparations ultérieures de cette enceinte, M. Beulé pratiquait d'autres fouilles sur le plateau de la même acropole. Ces fouilles, couronnées également de succès, mais que malheureusement il n'a pu poursuivre ni aussi loin ni aussi longtemps qu'il l'aurait voulu, ont valu à la science plusieurs résultats nouveaux. Bien que l'on sût
* Fouilles à Cartilage, p. 59.