‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 30 sur 268 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

déjà que la chapelle actuelle de Saint-Louis avait été construite sur une partie de remplacement du fameux temple d'Ksculape, presque tout restait encore à éclaircir sur l'étendue, la forme et le style de ce dernier monument, qui était comme le palladium de Carthage. Les constructions modernes ne permettent plus maintenant de fouiller commodément remplacement de ce temple. Toutefois, par une série de sondages, M. Beulé a retrouvé et suivi pendant près de cent mètres le gros mur qui devait servir de péribole à cet édifice. Ce mur a plus de deux mètres d'épaisseur, et il atteste à lui seul l'importance du monument sacré qu'il renfermait dans son enceinte. La plupart des temples de l'antiquité, du moins les principaux et les plus inviolables, étaient ainsi environnés d'une puissante muraille délimitant d'ordinaire un vaste espace rectangulaire dont ils occupaient euxmêmes le centre. Tel était l'usage généralement pratiqué en Egypte et en Grèce; en Palestine, le temple de Jérusalem était de même enfermé dans un immense péribole construit avec des matériaux gigantesques.

Le temple d'Ksculape à Carthage étant l'un des plus saints de la ville, et servant en outre, dans certaines circonstances solennelles, de lieu de réunion pour les délibérations secrètes du sénat, devait être protégé, et par l'inviolabilité religieuse dont le respect des masses l'entourait, et par la force matérielle d'une enceinte extérieure qui pût mettre ce sanctuaire, monument à la fois sacré et national, à l'abri des profanations ou d'un coup de main.

On sait qu'à l'époque de la prise et de la destruction de Cartilage par Scipion l'Émilien , les ports et la ville étant tombés au pouvoir du vainqueur, Byrsa elle-même s'étant rendue, et les cinquante mille hommes, femmes et enfants qu'elle renfermait, l'ayant évacuée, le temple d'Esculape, qui s'élevait au sommet de cette citadelle, tint bon encore quelque temps. C'est là que se retranchèrent les transfuges

romains, au nombre de neuf cents. Ils étaient commandés par Asdrubal, qui, entraîné pur l'amour de la vie et voyant que toute résistance était inutile, quitta furtivement sa femme, ses enfants et ses soldats, et courut, un rameau d'olivier à la main, se jeter humblement aux pieds de Scipion. Scipion montra aussitôt aux transfuges cet époux, ce père et ce guerrier pusillanime qui ne rougissait pas de se déshonorer par une pareille lâcheté. Les transfuges, trahis par leur chef, mais non découragés par sa désertion, convaincus d'ailleurs que pour eux-mêmes il n'y avait rien à attendre de la pitié du vainqueur, conçurent, dans leur désespoir, une résolution héroïque : ils voulurent enlever à Scipion l'honneur de les forcer dans leur dernier asile; et, mettant le feu au temple où ils s'étaient retirés et où ils continuaient à se défendre, après avoir été contraints d'en abandonner les parvis, ils résolurent de s'ensevelir vivants sous les ruines fumantes de cet édifice, et d'échapper ainsi, par cette mort libre et volontaire, aux tortures qui leur étaient réservées. C'est alors que la femme d'Asdrubal , qui , protégée par la faiblesse de son sexe et par sa maternité, aurait sans doute arraché du grand cœur de Scipion une compassion si méritée, se montra plus magnanime encore qu'eux tous, et, loin de fuir l'incendie qui allait la dévorer, s'y précipita elle-même avec ses deux enfants, après avoir prononcé d'éloquentes et sublimes paroles que l'histoire a recueillies et consacrées.

Une autre femme, immortalisée par Virgile, avait en ce même lieu, s'il faut en croire lu poésie, péri sur un bûcher, sept siècles auparavant. Cette femme, qui, sous le nom de Didon , a traversé tous les âges , et dont la passion et les poétiques malheurs semblent faire comme partie intégrante de l'histoire même de la fondation de Carthage, nous est représentée par Virgile succombant à la violence de son amour trahi et se punissant elle-même par un trépas préma-

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