‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 3 sur 268 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de ses rois. Je saluai avec respect ces deux grands souvenirs, et, les associant ensemble dans mon esprit, je tenais encore mes regards attachés et sur l'emplacement désert de cette ville et sur ce sanctuaire isolé, que déjà le Kabyle s'apprêtait à jeter l'ancre dans la rade de la Goulette.

La Goulette, comme on le sait, est le port de Tunis. Cette ville est séparée de la mer par un grand lac qui communique avec le golfe au moyen d'un canal creusé probablement de main d'homme, et dont la largeur ne dépasse guère vingtdeux mètres. Les Arabes donnent à l'embouchure de ce canal dans la mer le nom de Foum-el-Oued (la bouche du canal, mot à mot de la rivière, à cause du courant qui y règne), ou, plus ordinairement encore, de Ualk-el-Oued (le gosier du canal), dénomination que les Italiens ont traduite par la Goletta et les Français par la Goulette.

A droite et à gauche de ce canal s'allonge une double langue de terre se rattachant d'un côté, au nord, aux collines de Carthage, et de l'autre, au sud, à celle du village de Radès. Ce canal divise également en deux parties distinctes un bourg auquel il a donné son nom , ou , pour parler plus exactement, celui de son embouchure. Chacun de ces deux quartiers est environné d'un mur d'enceinte sans fossé. Celui du nord renferme le bourg proprement dit, une forteresse et une batterie; celui du sud contient les palais du bey, le sérail vieux et le sérail neuf, un bassin carré de cent mètres de côté environ , l'arsenal et le bagne.

Les navires de commerce mouillent dans la rade, en dehors du canal et en face de la forteresse, à une distance plus ou moins grande, selon l'importance de ces bâtiments; la rade, en effet, a peu de fond, ce qui contraint les gros vaisseaux de guerre à jeter l'ancre à quatre kilomètres environ de la Goulette, un peu au-dessous du cap Sidi-bou-Saïd , l'ancien cap Carthage. Cette rade est du reste vaste et assez sure, à cause de l'enfoncement du golfe, si ce n'est toutefois

quand les vents du sud-est ou ceux du nord-ouest y souflflent avec violence; alors les capitaines ont besoin de redoubler de précautions, afin de préserver leurs navires des risques qu'ils pourraient courir. Dans tous les cas, cet éloignement forcé de la ligne de mouillage rend longs et pénibles, quelquefois même dangereux , dans la mauvaise saison , l'embarquement et le débarquement, qui doivent se faire au moyen de simples balancelles.

A peine débarqué sur les quais de la Goulette, je rendis ma visite à M. Cubison, vice-consul de France. Dans la maison occupée par ce fonctionnaire sont trois inscriptions latines qu'il eut la bonté de me signaler : Tune provient d'El-Djem (Tbysdrus), la seconde de Sidi-Daoud-en-Noubi (Missua); je les reproduirai lorsque je décrirai ces deux localités. Gomme je n'ai pu apprendre d'où la troisième a été tirée, je vais la donner ici. Elle est gravée sur un piédestal engagé dans un mur; la voici :

CONDITORI ADQVEAMPLIFI CATORITOTIVS ORBISROMANISVl ACSINGVLARVMQVARVMQVE CIVITATVMSVARVMADQVE OR. . . MLIBERALITATE CLEMENTIAESVAEAVGEND.

D0MIN0N0STR0C0NSTANTINO MAXIMO PIOVICTORI PERPE TVO SEMPER AVGVSTO M. . . IVSERVCIAN VSVCPRO CONSVLETVICESACRAIVDICANS .. ..SALVTIPERPETVITATIQEIVS (Estampage.)

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