CHAPITRE PREMIER
Ces trois inscriptions n'ayant point été trouvées à la Gou- Jette, mais apportées d'ailleurs, ne peuvent éclairer la question de savoir si cette petite ville est de fondation moderne ou si, dans l'antiquité, elle était déjà habitée. A la vérité, elle est construite presque tout entière avec des matériaux antiques ; mais cela ne prouve rien , attendu qu'elle touche à Carthage, cette mine immense que l'on exploite depuis tant de siècles sans l'épuiser; attendu, en outre, qu'on y transporte fréquemment encore des blocs provenant des ruines de plusieurs points de la côte occidentale de la presqu'île du cap Bon , et entre autres de Moraïsah et de Sidi-Daoud-en- Noubi. Quoi qu'il en soit, l'histoire ancienne n'en fait pas mention. Nous savons seulement que le lac de Tunis était dès lors ouvert du côté de la mer; car, dans la troisième guerre punique , le consul romain Censorinus v fit entrer sa flotte, au dire d'Appien et là elle faillit être incendiée par les Carthaginois, qui lancèrent contre elle des brûlots. Il est donc certain ou que ce lac communiquait naturellement avec la mer, ou que les Carthaginois avaient déjà ouvert le canal qui existe encore maintenant, et qui, au lieu d'avoir été creusé et construit par les Arabes, comme ceux-ci le prétendent, aurait été simplement réparé par eux à différentes époques. Le nombre prodigieux de vaisseaux que Carthage entretenait permet de penser que les deux ports de cette ville étaient insuffisants pour les contenir tous, et qu'elle avait du de bonne heure mettre à profit, comme asile pour ses flottes en temps de paix, le vuste bassin du lue de Tunis, qui s'étendait en quelque sorte à ses portes. Dans ce cas, il est a croire, en admettant même que ce lac débouchât primitivement dans la mer, que les Carthaginois avaient régularisé cette ouverture par une double digue parallèle formant canal et bordée de quais. Il ne me parait donc pas téméraire de
1 Appien, Mr. VIIF, chap. xcu.
supposer que les fondations du canal actuel sont antiques et remontent ù l'époque de la plus grande splendeur de Carthage.
Plus tard , quand cette ville eut été définitivement détruite par les Arabes, et que les princes musulmans qui succédèrent aux Aghlabites, aux Fatimites et aux Zéirites, eurent fait de Tunis la capitale de la Régence, ils comprirent la nécessité de réparer ce canal. Quelques-uns même entreprirent de le pousser, à travers le lac, jusqu'auprès de lu ville, projet qui u été repris en dernier lieu par Hamoudah- Pacha, sous la direction du colonel Frank, mais qui toujours a été imparfaitement exécuté.
La forteresse qui défend l'embouchure de ce canal a subi plusieurs sièges; l'un des plus célèbres est celui qu'elle soutint en 1535 contre Charles-Quint, qui s'en empara, malgré les efforts d'une nombreuse garnison et l'habileté du fameux Khayr-ed-Din , plus connu sous le nom de Barberousse. Elle resta au pouvoir des Espagnols jusqu'en 157-4. L'année précédente, don Juan d'Autriche en avait augmenté les défenses et en avait confié le commandement à l'intrépide Porto-Carrero. Celui-ci repoussa pendant quarante jours les assauts répétés de l'armée de Sinân- Pacha; enfin, après une résistance acharnée, il dut succomber au nombre, et toute la garnison fut passée au fil de l'épée. Le vainqueur, une fois maître de ce château fort, en ordonna la démolition; mais il fut ensuite reconstruit dans l'état à peu près où on le voit maintenant.
Une batterie l'avoisine; on y remarque d'assez belles pièces de différentes formes et de différents calibres : il en est une surtout qui attire les regards; elle est de fabrique italienne. Son énorme culasse est ornée d'une tête de saint Pierre ciselée avec art.
Le bourg s'est agrandi et peuplé de plus en plus, depuis quelques années principalement : il a une physionomie moi-