CHAPITRE TROISIÈME
l'existence de sept salles parallèles et voûtées qui se terminaient en absides et s'appuyaient sur le mur d'enceinte du temple d'Esculape, mais à treize mètres plus bas, afin de ne pas masquer ce monument.
En face et au nord de la colline de Byrsa, s'élève une colline voisine presque aussi baute et étendue que cette dernière. On y remarque quelques ruines, restes informes de monuments complètement détruits, plusieurs citernes et des vestiges de mosaïques grossières. C'est sur ce plateau que jadis Carthage se glorifiait de posséder l'un de ses plus beaux temples, celui de Tanath ou d'Astarté, la Junon Céleste des Latins. Ce sanctuaire était l'un des plus célèbres de toute l'Afrique.
L'auteur anonyme des Promesses et des Prédictions 1 décrit ainsi ce monument , l'an 399 de notre ère :
« Apud Africain Carthagini Cœlestis inesse ferebant templum nimis amplum , omnium deorum suorum œdibus vallatum , cujus platca lithostrata , pavimento ac pretiosis columnis et mœnibus decorata, prope in duobus fere millibus passuum protendebatur. »
On voit par cette description que l'hicron de ce temple était immense et comprenait dans une même enceinte sacrée un grand nombre de temples ou plutôt de chapelles dédiées aux divinités inférieures qui , suivant l'élégante expression de M. Dureau de la Malle *, formaient en quelque sorte le cortège ou la cour de cette grande divinité leur souveraine.
Le temple, le culte et les oracles d'Astarté, autrement dite Junon Céleste, durèrent et se maintinrent en grand honneur, malgré les efforts et les éloquentes remontrances des éveques de Carthage, jusqu'au milieu presque du cinquième siècle de l'ère chrétienne. En 421, enfin, sous
1 Par* III, cap. xxxvm, n<> 5.
* Topographie Je Cuithage, p. 108.
l'empereur Constance, pour détruire et extirper, s'il était possible, à jamais, un culte si vivace et pour ainsi dire indéracinable, culte que souillaient trop souvent de honteuses et impures pratiques, ce temple fut rasé de fond en comble, et son enceinte convertie en cimetière : toutes les chapelles qui l'environnaient furent également renversées.
Après ces deux temples célèbres consacrés aux deux divinités principales sous la protection desquelles Cartilage s'était placée , je dois citer celui de Ituul , qui s'élevait sur le forum. Quelques vestiges en subsistent encore. Falbe les a marqués dans son plan au n° 5». (les débris, peu importants, se bornent à plusieurs pans de mur en blocage romain. L'édifice carthaginois avait été détruit et incendié lors de la prise de Cartilage par Scipion ; il fut plus tard reconstruit à l'époque de la domination romaine, et jusqu'à présent tous les débris que l'on a découverts paraissent romains. On sait que le dieu liaal répondait si l'Apollon des Grecs et des Latins.
Le temple de Saturne à Cartilage était fameux dans l'antiquité par les sacrifices humains qu'on y offrait. Diodore 1 nous apprend que la statue de ce dieu était d'airain et faite de manière à laisser rouler dans un gouffre embrasé les enfants qu'on déposait .dans ses mains. Un passage de Tertullien* affirme que ces meurtres superstitieux et barbares, quoique abolis officiellement, étaient encore pratiqués en secret de son temps. Nous voyons dans ce même passade que ce temple était environné d'un bois sacré, et il est très-probable que ce bois sacré, lucus, occupait l'endroit où fut depuis le Lucus Vandalortim, lequel était au milieu de la ville. Le quartier où il était situé s'appelait Vicus Senis, dénomination qui provenait de l'habitude qu'avaient les Carthaginois d'appeler par respect Saturne Senex (le vieillard).
i Diod., XX, 14.
3 Apoloy., cap. vi :i.