CHAPITRE TROISIÈME
Ou ceux-ci, si souvent cités, de Sannazar, dans son poème De partit Yirginis :
qua devicia? Cartbagînis arecs
Procubuere, jacenlque infausto in liltore lurres Everwe. Quantum illa raelus, quantum iila laborum Urbs dédit insultans Latio et Laurentibus arvis ! Nunc passim y'xx relliquias, vix nomina servans Obruitur, propriis non afjnosccnda ruinis.
Non-seulement Carthage n'est plus reconnaissable dans ses ruines, mais ces ruines mêmes sont condamnées à périr et périssent en effet de plus en plus , comme ces nécropoles antiques dont les tombeaux violés ne gardent même plus les ossements et les cendres qu'ils renfermaient jadis.
Toutefois, à côté de la basilique dont je viens de parler, il est une ruine immense dont les restes confus, présentant l'aspect d'un véritable chaos , échapperont encore longtemps à une destruction complète, parce qu'elle consiste dans d'énormes pans de mur en blocage renversés pêle-mêle sur le sol , comme par un tremblement de terre.
Les uns, comme M. Pellissier ', y voient des thermes, peut-être les thermes Gargilians, où se tinrent, sous le règne d'Honorius, les fameuses conférences de Carthage au sujet du schisme des donatistes.
D'autres, comme M. Dureau de la Malle*, se fondant sur un passage d'El-Bekri, peu concluant du reste, y placent le gymnase dont il est question dans Apulée, Tertullien et Salvien. Cette ruine est marquée dans le plan de Falbe au n° 67 .
En continuant à s'avancer dans la direction du nord , on arrive au petit fort de Bordj-Djedid (le château neuf). Il est armé de quelques canons, et une faible garnison y est casernée. Le nom même qu'il porte indique qu'il a été
» Description de ta Régence de Tunis, p. 233. * Topographie de Carthage, p. 194.
Ci VOYAGE EN TI NISIE.
rebâti, à une époque que je ne puis déterminer, sur les fondements d'une autre construction plus ancienne. Le premier château, qui fut pris par saint Louis et qui, jusqu'à l'érection de la chapelle en l'honneur de ce monarque à Byrsa, a depuis gardé dans le pays le nom de fort Saint-Louis, avait remplacé lui-même un édifice antique assez considérable.
M. Nathan Davis, qui a passé plusieurs années sur les ruines de Cartilage, chargé qu'il était de les explorer pour le compte et au nom du gouvernement anglais., place le temple d'Eseulape sur la colline de Bordj-Djedid , et, par cette seule innovation, bouleverse complètement toute la topographie de Cartilage, en étayant son système sur un indice spécieux dont je crois inutile, après M. Beulé 1 , de démontrer le peu de solidité.
A l'ouest de Bordj-Djedid, à la distance de deux cent cinquante pas environ , de magnifiques citernes me restent à signaler. Ces vastes réservoirs, moins étendus toutefois que ceux de la Malga, ont été admirés et décrits par tous les voyageurs qui ont visité Cartilage, et sont regardés ajuste titre comme l'une des ruines les plus remarquables de cette grande cité. Après tant de siècles d'existence, ils sont encore presque intacts, et, avec quelques réparations, ils pourraient continuer à servir.
Entièrement construits en maçonnerie de blocage, ils sont revêtus de plusieurs couches de ciment superposées. Au nombre de dix-huit, ils sont parallèles et séparés les uns des autres par un mur épais. Ils mesurent 30 mètres de longueur, 7 mètres 50 de largeur et 9 de profondeur, depuis le sommet des voûtes qui les recouvrent jusqu'au fond du réservoir; mais l'eau ne s'y élevait qu'à la hauteur de 5 mètres 50 environ. Ces bassins étaient desservis et surveillés au moyen de deux galeries latérales, longues de 135 mètres et larges
• Fouilles à Carthagc, p. 28.